La reconnaissance légale de la consultation infirmière s’est imposée comme le point central du Salon infirmier, réuni les 25 et 26 juin à la Porte de Versailles. Ce tournant réglementaire, voulu pour mieux intégrer les infirmiers au parcours de soins, soulève des conséquences concrètes pour la formation, les pratiques et la sécurité des soignants.
La 39e édition du Salon a braqué les projecteurs sur une réalité déjà présente sur le terrain : la consultation infirmière n’est pas une nouveauté, mais la loi votée en juin 2025 lui apporte un cadre officiel susceptible d’élargir et de sécuriser son exercice. Professionnels, enseignants et étudiants ont profité des échanges pour confronter expériences et attentes face à des enjeux pressants — vieillissement de la population, essor des maladies chroniques, développement des technologies et nécessité de préserver la santé des soignants.
Une pratique légitimée, mais à déployer
Plusieurs intervenants ont rappelé que la reconnaissance légale n’invente pas la consultation infirmière : elle la valide et offre un socle juridique manquant jusqu’à présent. Pour Alain Desbouchages, président de l’Ordre national des infirmiers, l’enjeu est maintenant d’intégrer cette pratique de façon visible et systématique au quotidien des équipes.
Concrètement, cela implique de formaliser les protocoles, d’harmoniser les modalités d’exercice selon les terrains (hôpital, ville, centres spécialisés) et d’accompagner les soignants par des dispositifs de formation continue.
Ce que les annonces ministérielles changent
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, est venue réaffirmer que les infirmiers jouent un rôle central dans la prise en charge des patients, au-delà d’une image réduite à des tâches d’exécution. Elle a identifié trois leviers pour transformer la reconnaissance légale en réalité pour les professionnels :
- La loi infirmière : clarification des compétences et du cadre d’exercice.
- L’évolution du référentiel de formation : adaptation des cursus pour intégrer la consultation et ses exigences pratiques.
- La prévention des violences : mesures de protection et dispositifs de soutien pour les équipes exposées.
Sur un dossier particulier, la ministre a aussi été interpellée par des soignantes de l’association Asalée confrontées à des problèmes de salaire. Elle a confirmé son intention d’intervenir, tout en précisant que la solution dépendrait des suites judiciaires après la déclaration de cessation de paiement de l’association. Le tribunal économique a depuis statué et l’association a été placée en redressement judiciaire.
Pratique, formation, recherche : les priorités dégagées
Au-delà des annonces, les débats ont insisté sur la nécessité d’un mouvement coordonné : il ne suffit pas d’une loi pour changer les habitudes. Les professionnels réclament des outils pédagogiques, des temps dédiés à la consultation dans les organisations de travail, et des rémunérations adaptées aux responsabilités nouvelles.
Le Salon a aussi consacré une place à la recherche en sciences infirmières, avec la remise d’un prix destiné à promouvoir des travaux qui peuvent éclairer la transformation des pratiques.
À moyen terme, la profession attend des effets tangibles : meilleure accessibilité des soins non programmés, renforcement du rôle infirmier dans la gestion des affections chroniques, et diminution de la pression sur les services hospitaliers via le virage ambulatoire.
Points clés à retenir
- Reconnaissance légale : la consultation infirmière est désormais encadrée par la loi, offrant une base juridique pour son développement.
- Formation : les programmes doivent évoluer pour préparer les infirmiers à ce rôle élargi.
- Protection des soignants : la lutte contre les violences et le soutien psychologique restent prioritaires.
- Asalée : dossier social et juridique en cours, avec des conséquences directes pour des libellés professionnels.
- Recherche : encouragement aux études qui documentent l’impact clinique et organisationnel de la consultation infirmière.
En prévision de l’année prochaine, les organisateurs ont annoncé que le Salon fêtera son 40e anniversaire en 2027 avec un format exceptionnel et une date déplacée en décembre. D’ici là, la transformation de la pratique infirmière dépendra surtout de la capacité des équipes et des institutions à traduire la loi en actes concrets sur le terrain.
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