Le tribunal des affaires économiques de Paris a placé, le 27 mars 2026, l’association Asalée en redressement judiciaire, une décision qui vise d’abord à garantir le versement des salaires aux personnels. Cette mesure intervient après des mois de tensions avec la Assurance maladie et met temporairement sous protection judiciaire une structure qui emploie près de 2 000 infirmières.
Ce que le jugement change immédiatement
La cour a écarté la direction actuelle, considérée par certaines parties prenantes comme responsable des dérives financières et de gouvernance, et a nommé deux administratrices judiciaires, Maîtres Hélène Bourbouloux et Alexandra Blanch. Leur mission prioritaire est d’assurer le paiement des rémunérations et de sécuriser l’emploi à court terme.
Pour les salariées et syndicats, l’enjeu principal est simple et urgent : obtenir le règlement des salaires impayés depuis février. Grâce au placement en redressement, les agent·es devraient pouvoir bénéficier de la garantie des salaires, l’AGS, couvrant les sommes dues par l’employeur.
Contexte et causes du blocage
Les paiements de l’Assurance maladie, qui finançait l’ensemble du dispositif, ont été suspendus en décembre. Cette décision faisait suite à un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en juillet 2025 soulignant des manquements dans la gestion : procédure de commande publique non respectée, risques de conflit d’intérêts et dépassements des plafonds de recrutement prévus par la convention entre les parties.
La CNAM a estimé fin décembre que les recommandations proposées n’avaient pas été mises en œuvre, d’où l’arrêt des versements. Asalée et ses représentantes contestent certaines de ces conclusions et assurent avoir fourni les documents demandés à plusieurs reprises.
Réactions sur le terrain
Les infirmières ont fait entendre leur colère au Salon infirmier le 25 mars et ont rencontré la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. La ministre s’est dite déterminée à ce que les salaires soient payés, mais les équipes déplorent des semaines d’attente avant une réponse concrète.
Les organisations syndicales CFDT et UNSA ont salué le placement en redressement comme « une lueur d’espoir », estimant qu’il évite la liquidation pure et simple et ouvre la voie au recouvrement des salaires par l’AGS. Elles demandent aussi une reprise du financement par l’Assurance maladie sous la forme d’une convention pluriannuelle, afin de sécuriser durablement les conditions d’emploi et d’exercice.
Conséquences pratiques pour les usagers et le réseau
- Pour les patient·es : maintien a priori des prises en charge à court terme, mais une incertitude subsiste si la situation financière n’est pas stabilisée.
- Pour les salariées : indemnisation possible via l’AGS, puis réorganisation sous l’autorité des administratrices judiciaires.
- Pour l’Assurance maladie : nécessité de justifier un éventuel redémarrage des financements par des garanties de transparence et de conformité aux règles publiques.
Questions encore en suspens
Plusieurs points restent ouverts. Combien de temps faudra‑t‑il pour que l’AGS soit activée et les salaires réellement versés ? La CNAM acceptera‑t‑elle de reprendre le financement avant la mise en place d’une convention pluriannuelle ? Et, au‑delà du secours immédiat, quelle gouvernance durable sera proposée pour éviter la répétition de ces dysfonctionnements ?
L’arrivée des administratrices judiciaires doit apporter des réponses concrètes à ces interrogations. Leur rôle combinera sécurisation des fonds publics, contrôle des dépenses et recherche d’un plan de redressement viable.
Pourquoi cela compte aujourd’hui
La décision a un impact direct sur des milliers d’actes de soins et sur la stabilité d’un maillage d’accompagnement souvent cité comme efficace. À court terme, elle protège les salaires ; à moyen terme, elle pose la question de la relation entre opérateurs associatifs et financeur public et de la nécessaire transparence lorsque des fonds publics sont engagés.
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