Dans la Creuse, une initiative locale permet désormais à des infirmiers et à des pharmaciens formés de prescrire une antibiothérapie après une piqûre de tique accompagnée d’un **érythème migrant**. Lancé au printemps 2025 par la CPTS La Licorne, ce dispositif vise à accélérer la prise en charge et à désengorger les consultations médicales sur un territoire où le risque de borréliose est notable.
Un parcours conçu pour aller vite
Le protocole, élaboré en coopération entre médecins, pharmaciens et infirmiers, ne concerne que la prise en charge des manifestations cutanées précoces de la maladie de Lyme — le stade où l’érythème migrant apparaît entre 48 heures et 30 jours après la piqûre. Les formes articulaires ou neurologiques restent, elles, du ressort exclusif du médecin.
Sur le terrain, cela se traduit par un questionnaire structuré qui permet au professionnel formé d’évaluer rapidement l’éligibilité du patient. Si la date de la morsure ne peut être précisée ou si d’autres signes cliniques inquiétants sont présents, le patient est orienté vers une consultation médicale. Sinon, l’acteur délégué peut prescrire l’antibiothérapie ou, à défaut, délivrer un antiseptique et des consignes de surveillance.
Formation et encadrement
Pour sécuriser la démarche, tous les acteurs impliqués ont suivi une formation de 7 heures animée par le service d’infectiologie du CHU de Limoges. À ce jour, la composition de l’équipe réunit deux médecins délégants, quatre pharmaciens et douze infirmières, réparties entre libéral, Asalée et activité mixte. Chaque professionnel participant est déclaré auprès de son **Agence régionale de santé (ARS)**.
Un principe structurant a été appliqué : le recours au médecin délégant reste possible en cas de doute, et un médecin peut encadrer jusqu’à dix délégués. L’objectif est d’assurer une prise en charge rapide sans affaiblir la sécurité clinique.
Bilan initial et financement
Depuis le démarrage officiel le 10 avril 2025, 42 patients ont été inclus dans le dispositif. Quinze dossiers ont été pris en charge par des infirmières et environ un tiers des cas présentaient un **érythème migrant** nécessitant une antibiothérapie. Aucun patient n’a, jusqu’ici, nécessité une réorientation systématique vers une consultation médicale, et seules deux levées de doute ont été requises auprès des médecins délégants.
La rémunération prévue dans le cadre de ce protocole est de 12 euros pour le professionnel délégué et 4 euros pour le médecin délégant, financés par la CPTS. Avec un budget initial de 2 000 euros, la structure vise à permettre jusqu’à 120 inclusions annuelles. Restent toutefois des questions de pérennisation : la décision de prise en charge financière par l’ARS n’a pas encore été rendue et conditionnera l’avenir du dispositif.
Pourquoi cela compte pour les habitants et les visiteurs
La Creuse est une zone où la présence de tiques infectées par la borréliose de Lyme est élevée — on estime que **5 à 25 %** des tiques peuvent être porteuses de la bactérie selon les relevés locaux. Concrètement, la possibilité pour des infirmiers et pharmaciens formés d’agir rapidement réduit le délai avant l’instauration d’un traitement, limite l’anxiété des patients et libère du temps médical pour des cas plus complexes.
Les officines du territoire ont été informées pour éviter des blocages à la délivrance des antibiotiques et faciliter la continuité des soins. Les professionnels impliqués soulignent aussi l’intérêt préventif : en plus d’extraire des tiques, ils peuvent désormais fournir des conseils documentés et suivre l’évolution des lésions cutanées pendant un mois.
Points de vigilance
Ce type de coopération nécessite un suivi rigoureux : qualité de la formation, traçabilité des décisions, et recueil des résultats à moyen terme pour vérifier l’efficacité et la sécurité. Le rôle de l’ARS sera déterminant pour assurer un déploiement durable.
- Éligibilité : éruption cutanée typique apparue entre 48 heures et 30 jours après la piqûre.
- Action possible : prescription d’une antibiothérapie ou délivrance d’un antiseptique et consignes de surveillance.
- Escalade : en cas d’incertitude, contact du médecin délégant ou orientation vers une consultation.
- Suivi : surveillance clinique du patient pendant un mois (fièvre, évolution locale).
En favorisant la coopération interprofessionnelle, la CPTS La Licorne tente de répondre à une demande de soins fréquente sur son territoire tout en expérimentant une répartition différente des tâches de santé publique. Le maintien et l’extension de l’initiative dépendront des retours d’usage et des arbitrages financiers régionaux.
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