Le syndicat Convergence Infirmière a annoncé qu’il refusera de parapher l’avenant n°2 à l’Accord conventionnel interprofessionnel (ACI) consacré aux maisons de santé pluriprofessionnelles. Ce désaccord intervient au terme de négociations récentes et soulève des questions concrètes sur l’organisation locale des soins et la répartition des moyens.
Coordination : solidarité professionnelle versus labellisation
Pour le syndicat, la coordination des parcours ne se résume pas à la création ou au renforcement d’un label. Convergence Infirmière reconnaît que la coordination est essentielle — elle est, selon le syndicat, déjà assurée quotidiennement par les infirmiers libéraux au contact des patients — mais juge que l’avenant privilégie une logique structurelle plutôt qu’un ajustement des pratiques de terrain.
Autrement dit : soutenir des structures ne suffit pas si, dans le même temps, les soignants qui assurent les actes au quotidien voient leur rémunération et leurs moyens diminuer ou stagner.
Les motifs du refus : un aperçu
- Risque d’exclusion : les professionnels exerçant hors MSP pourraient perdre l’accès à certaines aides et expérimentations.
- Priorité aux structures : les financements favoriseraient des organisations labellisées sans preuve suffisante d’efficacité au regard des sommes engagées.
- Valorisation des actes : de nombreuses interventions courantes restent peu rémunérées, amplifiant le décalage entre moyens structurels et moyens humains.
- Préservation des libertés : Convergence Infirmière réclame le maintien de la liberté d’installation et du choix des patients.
Vers une médecine à plusieurs vitesses ?
Le syndicat redoute que la multiplication des dispositifs favorise une organisation cloisonnée du territoire : patients et financements pourraient circuler en priorité au sein des structures labellisées, au détriment des praticiens isolés ou des cabinets traditionnels. Cette crainte prend racine dans l’idée que l’accès à certains programmes, financements ou expérimentations pourrait devenir conditionné par l’appartenance à une MSP.
Si cette tendance se confirme, l’impact serait tangible pour les territoires ruraux ou les zones où les maisons de santé sont peu implantées : inégalités d’accès, projets de prévention fragmentés, et pression accrue sur les soignants indépendants.
Budget : l’accent mis sur les structures plutôt que sur les soignants
Convergence Infirmière épingle le choix politique de multiplier les crédits pour des dispositifs de coordination — MSP, CPTS et autres — alors que « les actes du quotidien » restent faiblement rémunérés. Le syndicat cite, en exemple, le faible niveau de tarification pour des soins simples et les indemnités de déplacement jugées insuffisantes face à la hausse des coûts.
Cette critique met en lumière un point central : la valeur accordée au soin direct. Selon le syndicat, investir dans les équipements et dans la gouvernance des structures ne doit pas se faire au détriment du pouvoir d’achat et des conditions de travail des professionnels qui voient leurs patients chaque jour.
Une prise de position nuancée
Convergence Infirmière tient à nuancer : son refus de signer n’implique pas une condamnation générale des maisons de santé. Le syndicat reconnaît l’engagement et la qualité des initiatives locales menées dans certaines MSP. Mais il refuse que ce modèle devienne la seule voie recommandée et demande que d’autres formes de coopération déjà en place soient maintenues et financées.
La position adoptée affirme une priorité claire : améliorer l’accès aux soins passe, selon le syndicat, par un renforcement des moyens dédiés aux professionnels de proximité plutôt que par une concentration des financements sur des structures labellisées.
En conséquence, Convergence Infirmière confirme qu’elle ne signera pas l’avenant n°2 à l’ACI MSP, appelant à une réévaluation des priorités budgétaires et à des solutions qui tiennent compte des réalités du terrain.
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