Les décrets et arrêtés de la nouvelle loi infirmière viennent d’être publiés : la réforme commence à produire ses effets concrets cette semaine et devrait modifier l’organisation des soins de proximité. Pour les patients comme pour les soignants, les changements portent autant sur la reconnaissance de nouveaux actes que sur la fluidité des parcours de santé.
Des prérogatives clarifiées pour une pratique sécurisée
Selon Alain Desbouchages, président de l’Ordre National Infirmier, la loi officialise des compétences qui existaient déjà dans les faits et les encadre désormais juridiquement. L’un des points centraux est la création de la consultation infirmière, qui permet au praticien de mener un raisonnement clinique, d’établir un diagnostic infirmier et d’engager des actions thérapeutiques ou préventives en toute légalité.
Concrètement, cela signifie que dans certains cas un patient pourra consulter directement une infirmière sans passer par un médecin. Pour des situations comme le soin de plaies, la professionnelle évaluera l’antécédent et la gravité, initiera le traitement adapté et assurera le suivi jusqu’à cicatrisation, ou, si nécessaire, réorientera vers un autre professionnel.
Accès direct et parcours de soins : quelles conséquences pour les patients ?
La possibilité d’accès direct vise à réduire les délais de prise en charge et à décongestionner certains maillons du système de santé. En pratique, cela peut limiter les rendez‑vous retardés et éviter des détours inutiles vers les urgences.
Pour que ce fonctionnement soit efficace, Desbouchages insiste sur l’importance de l’exercice partagé entre professionnels : chaque acteur doit pouvoir travailler à la hauteur de ses compétences, dans une coordination renforcée.
Les certificats de décès généralisés aux infirmiers
Autre mesure marquante : la rédaction des certificats de décès n’est plus réservée à un cadre restreint. Après une expérimentation positive en région, tous les infirmiers sont désormais autorisés à établir ces certificats, qu’ils exercent en libéral, en EHPAD ou dans d’autres structures.
Plus de 10 000 soignants ont déjà été formés, rappelle le président de l’Ordre, qui voit dans ce chiffre la preuve que l’on peut confier de nouvelles responsabilités aux infirmiers sans compromettre la qualité ou la sécurité des actes.
Les priorités de l’Ordre national infirmier
Au‑delà de la mise en œuvre de la loi, l’Ordre identifie plusieurs chantiers prioritaires pour les mois à venir :
- Garantir l’accès aux soins : optimiser l’usage des nouvelles compétences pour améliorer la réponse aux besoins locaux.
- Promouvoir le leadership infirmier : reconnaître la capacité des soignants à innover et coordonner des projets territoriaux.
- Lutter contre les violences : renforcer l’accompagnement des victimes, notamment face aux violences sexuelles et sexistes.
- Renforcer l’attractivité et la fidélisation : améliorer les conditions d’exercice pour retenir les professionnels dans le système de santé.
Sur le volet violences, l’Ordre a récemment signé une convention avec l’association France Victimes afin d’offrir un soutien concret et local aux infirmiers confrontés à des agressions.
Un appel à l’engagement professionnel
Pour Alain Desbouchages, la visibilité acquise par l’Ordre repose aussi sur l’implication de ses membres : s’engager dans la vie ordinale, porter des projets et participer aux votes sont, selon lui, des leviers essentiels pour façonner la profession de demain.
Il met en avant la dimension relationnelle et coordinationnelle du métier : au‑delà des compétences techniques, les infirmiers jouent un rôle central dans le suivi des patients et la continuité des soins — un rôle que la loi cherche à valoriser.
Propos recueillis par Betty Mamane lors du Salon infirmier, le 26 mars 2026.
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