Une enquête de la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières (FNESI) montre que les tentatives d’intégrer la formation infirmière au sein des universités portent des résultats prometteurs, mais peinent à se généraliser en l’absence de moyens et d’une coordination satisfaisante. Cette évolution prend de l’importance aujourd’hui : la publication d’un arrêté fin février pourrait accélérer une réforme longtemps attendue.
Plusieurs universités ont lancé, depuis 2021, des cursus regroupés sous la mention Sciences pour la santé avec des parcours menant aux diplômes paramédicaux. Rennes, Paris et Rouen figurent parmi les établissements pilotes : leurs licences proposent des passerelles et, pour certaines, des doubles diplômes vers des métiers comme infirmier, ergothérapeute ou masseur‑kinésithérapeute.
Les étudiants qui ont suivi ces parcours se disent majoritairement convaincus par l’accent mis sur la recherche : 78,3 % d’entre eux reconnaissent la place donnée à l’enseignement par la recherche, selon la FNESI. Pour cette fédération, les universités engagées semblent également mieux armées pour appliquer la réforme nationale de la formation infirmière. Mais les réussites observées restent fragiles.
Coordination universitaire et relations IFSI–université
Un point noir revient régulièrement : la communication entre étudiants infirmiers et enseignants universitaires. Environ la moitié des répondants déplore des échanges limités, signe, pour la FNESI, d’un déficit de coordination entre les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et les unités universitaires.
Ce constat rejoint des observations publiées en fin d’année dernière : le Haut conseil des professions paramédicales (HCPP) s’est montré favorable aux textes encadrant le nouveau référentiel, tandis que le Comité d’entente des écoles d’infirmières et des écoles de cadres (CEFIEC) a mis en lumière des avancées très inégales selon les établissements. Les modalités de pilotage conjoint restent loin d’être harmonisées.
Des moyens humains insuffisants
Le manque de personnel apparaît comme un frein majeur à l’industrialisation de ces expérimentations. Selon l’enquête, 61,1 % des répondants jugent que les moyens humains alloués sont insuffisants. Enseignants‑chercheurs spécialisés, coordonnateurs et personnels administratifs dédiés manquent encore pour structurer durablement les nouveaux parcours.
- Points forts observés : renforcement de l’enseignement par la recherche, mobilité entre filières, attractivité accrue pour certains étudiants.
- Obstacles principaux : faiblesse des ressources humaines, gouvernance éclatée entre IFSI et universités, hétérogénéité d’avancement selon les sites.
- Actions demandées : création de départements de sciences infirmières dans chaque université, renfort des équipes universitaires et administratives, clarification des modes de pilotage.
- Enjeux concrets : garantir la qualité des stages, faciliter l’accès au master et au doctorat, mieux répondre aux besoins du terrain en personnel soignant diplômé.
L’universitarisation de la formation infirmière n’est pas neuve : formalisée dès 2009 et engagée plus intensivement depuis 2019, elle vise à rapprocher enseignement scientifique et pratique clinique, et à ouvrir la voie à des poursuites d’études en master et en doctorat. Mais la transformation reste incomplète tant que les ressources et les structures de gouvernance ne suivent pas.
La parution, fin février, de l’arrêté qui vient fixer le cadre de la réforme peut constituer un tournant s’il s’accompagne d’un soutien matériel et humain réel. Sans ces conditions, les expérimentations risquent de rester des îlots d’innovation plutôt que de devenir la règle sur l’ensemble du territoire.
Pour les étudiants et, au‑delà, pour le système de santé, l’enjeu est double : assurer une formation universitaire solide qui valorise la recherche tout en garantissant l’adéquation aux exigences professionnelles du terrain. La suite dépendra désormais de la mise en œuvre locale et des moyens accordés.
Articles similaires
- Aides-soignants accèdent à la 2e année à Saint-Chamond: coup d’accélérateur pour leur carrière
- Formation IPDE: refonte en marche, calendrier et impacts pour les stagiaires
- Formation infirmière: étudiants en première ligne pour pallier la crise du personnel
- Salon infirmier 2026: réorganisation des missions et conséquences pour les soignants
- Maisons de santé pluriprofessionnelles: l’avenant n°2 provoque refus et tensions

