Face à l’érosion des moyens techniques dont disposent les agriculteurs, l’association Phytéis — qui représente l’essentiel de l’industrie phytosanitaire en France — alerte sur des tensions qui pèsent aujourd’hui sur la production et la compétitivité. Le message: entre raréfaction des substances autorisées, effets du dérèglement climatique et règles nationales plus strictes que celles de l’Union européenne, les exploitations françaises risquent de perdre des outils cruciaux.
Lors d’une conférence de presse à Paris, Yves Picquet, président de Phytéis, a résumé la situation comme le résultat de « nombreuses déclarations mais peu de mesures concrètes » malgré plusieurs lois et annonces gouvernementales destinées à soutenir le secteur. Au cœur du débat se trouve selon lui la question de la souveraineté alimentaire : l’excédent commercial agricole devient quasi nul en 2025, et les contraintes sur les moyens de production compliquent la capacité des agriculteurs à répondre à la demande.
Des substances disponibles ailleurs, mais pas en France
L’association demande que les producteurs français disposent des mêmes solutions que leurs homologues européens. Concrètement, Phytéis cible trois néonicotinoïdes — autorisés au niveau européen mais interdits sur le territoire français — et souhaite que certains d’entre eux, notamment l’acétamipride, puissent de nouveau être employés. La tentative de renouvellement de son autorisation avait été annulée l’été dernier par le Conseil constitutionnel, qui avait pointé un encadrement insuffisant.
Pour les opposants, cette réouverture poserait des questions environnementales, en particulier pour les pollinisateurs. Le dossier illustre la tension entre impératifs de production et enjeux sanitaires et écologiques, une équation compliquée par des décisions judiciaires et politiques récentes.
Une règlementation européenne en mutation
Phytéis souligne aussi un phénomène plus large : l’absence d’entrées de nouvelles « substances actives conventionnelles » au niveau européen depuis plusieurs années, tandis que de nombreuses molécules ont été retirées du marché. Selon l’association, cela fragilise l’arsenal disponible face à des ravageurs dont la pression augmente avec le changement climatique.
Dans ce contexte, le projet dit « Omnibus » examiné au Parlement européen est présenté par l’industrie comme une piste de simplification. Il prévoit notamment d’assouplir le mécanisme des réexamens périodiques, ce qui pourrait, dans les faits, conduire à des autorisations illimitées pour certaines substances actives. Les produits finis resteraient soumis à des décisions nationales.
Des ONG et des élus de gauche contestent fermement cette approche. Pour l’eurodéputé socialiste Christophe Clergeau, la réforme proposée n’apporte pas de réponse satisfaisante aux incertitudes scientifiques et transfère aux États membres une lourde responsabilité de décision.
- Demandes de Phytéis : harmonisation européenne des accès aux produits, réautorisation d’outils ciblés (dont l’acétamipride), et simplification des procédures d’homologation.
- Arguments des opposants : risques pour la biodiversité, décisions nationales potentiellement hétérogènes, et insuffisance des garanties scientifiques.
- Enjeux pour les agriculteurs : compétitivité face aux voisins européens, gestion des nouvelles pressions parasitaires liées au climat, et incertitudes réglementaires impactant les choix techniques.
Phytéis défend par ailleurs une stratégie dite « combinatoire », mêlant pratiques agronomiques améliorées, outils numériques, et recours à une palette de solutions, à la fois pour l’agriculture conventionnelle et certaines approches utilisées en bio. L’association veut présenter cela comme une réponse intégrée, plutôt qu’une simple demande de réautorisation chimique.
Sur le plan économique, les 18 entreprises membres de Phytéis, qui représentent environ 90 % du marché national, ont déclaré un chiffre d’affaires cumulé de 2,4 milliards d’euros en 2025, en hausse de près de 9 % sur un an — un indicateur que l’industrie met en avant pour souligner son rôle dans le secteur agricole.
Le débat reste vif : il oppose des priorités contrastées — protection de l’environnement, sécurité sanitaire, compétitivité agricole — et devrait évoluer rapidement à mesure que les textes européens et les arbitrages nationaux avanceront.
Avec AFP.
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