À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une sélection de bandes dessinées récentes et marquantes montre combien le 9e art est devenu un terrain d’expression essentiel pour les questions féministes. Ces albums, autobiographiques ou documentaires, éclairent des réalités contemporaines — de la maternité à la résistance armée — et disent pourquoi ces récits comptent aujourd’hui.
Longtemps reléguées en marge, de nombreuses autrices investissent désormais la BD pour mettre en scène les expériences féminines avec franchise et nuance. Leurs œuvres font apparaître, en images et en mots, des enjeux sociaux souvent méconnus ou tus.
- La Passe-miroir. Les fiancés de l’hiver — Christelle Dabos & Vanyda (Gallimard) — 280 pages, 28 € — fantasy et héroïne anticonformiste
- Amère — Lucrèce Andreae (Delcourt) — 216 pages, 20,50 € — maternité et santé mentale
- Maudite du cul ? — Sara Forestier & Jeanne Alcala (Iconoclaste) — 153 pages, 24,50 € — trajectoire sexuelle et violences
- Vieille — Delphine Panique (Misma) — 120 pages, 19 € — critique de l’âgisme
- Punk à Sein — Magali Le Huche (Charivari) — 216 pages, 25 € — humour et cancer du sein, récit de résilience
- Vivante ! Une épopée au pays du trauma — Marie Brune (Point Néma) — 192 pages, 24 € — parcours thérapeutique
- Les filles du Kurdistan — Mylène Sauloy & Clément Baloup (Steinkis) — 144 pages, 20 € — mouvement féministe et guerre
- Ces lignes qui tracent mon corps — Mansoureh Kamari (Casterman) — 200 pages, 24 € — autobiographie sur la condition des femmes en Iran
La Passe‑miroir : une héroïne qui casse les stéréotypes
Adaptée en bande dessinée par Vanyda, la célèbre saga de Christelle Dabos retrouve une nouvelle vie graphique. Le premier tome, déjà un phénomène d’édition, voit son univers fantasy transposé avec soin : décors foisonnants, intrigues politiques, et surtout une protagoniste qui refuse les clichés de la princesse soumise.
Ophélie, discrète mais obstinée, porte le récit. Son pouvoir de lire l’histoire des objets et de traverser les miroirs devient le prétexte à explorer les jeux de pouvoir et l’isolement d’une jeune femme placée dans un mariage d’intérêt. Le dessin met en valeur son étrangeté : grosses lunettes, écharpe permanente, regard obstiné.
La Passe‑miroir. Les fiancés de l’hiver, Christelle Dabos et Vanyda, Gallimard, 280 pages, 28 €.
Amère : la maternité sans filtre
Lucrèce Andreae livre un récit sans concession sur la face cachée de la parentalité. À travers l’expérience de Garance — grossesse, accouchement, nuits blanches, allaitement, contraintes administratives — l’autrice dissèque les attentes sociales pesant sur les mères et les conséquences sur leur santé psychique.
Formée aux Gobelins et déjà primée dans le cinéma d’animation, Andreae mélange notes intimes et réflexions sociales. Son ouvrage rappelle aussi des données alarmantes : la santé périnatale et mentale des mères demeure un point critique, mis en lumière par des études récentes.
Amère, Lucrèce Andreae, Delcourt, 216 pages, 20,50 €.
Maudite du cul ? : sexualité, violence et reconstruction
Sara Forestier s’empare de la bande dessinée pour retracer son rapport à la sexualité, de l’adolescence à l’âge adulte. Coécrite avec Jeanne Alcala, l’œuvre revient sur des humiliations publiques et des pressions médiatiques mais aussi sur la manière dont une femme tente de reprendre la parole et le contrôle de son intimité.
Ce premier livre graphique de l’actrice intervient après une pause professionnelle suite à un incident sur un tournage ; il se présente comme une tentative de réappropriation narrative, mise en images par une dessinatrice au trait sensible.
Maudite du cul ?, Sara Forestier & Jeanne Alcala, Éditions Iconoclaste, 153 pages, 24,50 €.
Vieille : un uppercut contre l’âgisme
Delphine Panique donne la parole à une nonagénaire caustique et indocile. L’album déconstruit les représentations attendries ou méprisantes qui entourent les femmes âgées, et interroge l’héritage des violences sexistes sur toute une vie.
La Vieille n’est ni affectueuse ni attendrissante au sens conventionnel : elle rugit, se moque, se remémore des épisodes de violence et d’humiliation. Le ton est à la fois mordant et lucide, et rappelle que l’âge n’efface ni la mémoire ni les luttes.
Vieille, Delphine Panique, Misma, 120 pages, 19 €.
Punk à Sein : rire pour survivre
Magali Le Huche transforme l’épreuve du cancer du sein en récit profondément humain et souvent drôle. À travers des pages pleines de mouvement et de couleurs, l’autrice raconte son parcours — diagnostic, traitements, reconstruction — et la façon dont la musique et l’autodérision ont aidé à tenir.
Au‑delà du témoignage individuel, elle consacre des séquences aux parcours de ses proches touchées par la maladie, montrant la diversité des expériences et la force du collectif dans l’affrontement d’une épreuve commune.
Punk à Sein, Magali Le Huche, Charivari, 216 pages, 25 €.
Vivante ! : la longue route vers la guérison
Marie Brune, graphiste devenue psychothérapeute, raconte son propre travail thérapeutique étalé sur des décennies. Le récit explique, de manière accessible, comment des traumatismes infantiles et des mécanismes inconscients peuvent structurer une vie et comment les mettre au jour permet de s’en libérer.
Les dessins, volontairement simples, servent le propos : l’important est l’expérience décrite, susceptible de trouver un écho chez ceux qui ont traversé l’anxiété, la dépression ou le sentiment d’imposture.
Vivante ! Une épopée au pays du trauma, Marie Brune, Point Néma, 192 pages, 24 €.
Les filles du Kurdistan : récit d’une révolution féministe
Mylène Sauloy et Clément Baloup retracent l’engagement des combattantes kurdes, figures d’une résistance qui mêle aspirations sociales et luttes pour l’égalité. Réédité récemment, l’album replace ces femmes au cœur d’un projet politique singulier : égalité femme‑homme, respect des minorités et formes inédites d’organisation collective.
Plus qu’un reportage, c’est une fenêtre sur une utopie concrète, où des militantes reconfigurent la citoyenneté et défient des normes patriarcales. Le récit invite à mieux comprendre une dynamique de terrain souvent caricaturée dans les médias.
Les filles du Kurdistan, Mylène Sauloy & Clément Baloup, Steinkis, 144 pages, 20 €.
Ces lignes qui tracent mon corps : un témoignage intime venu d’Iran
Mansoureh Kamari choisit la première personne pour raconter la violence du regard masculin subie en Iran et son périple jusqu’à la France. Le contraste visuel — tons gris pour le passé, rosés pour le présent — renforce l’effet intime du récit et rend palpable la claustrophobie quotidienne imposée aux femmes.
En retraçant sa vie entre Téhéran et Paris, l’autrice livre un texte sensible qui parle autant de pudeur, de contrainte que de libération. Un livre qui rappelle que la liberté de disposer de son corps reste un combat dans de nombreux pays.
Ces lignes qui tracent mon corps, Mansoureh Kamari, Casterman, 200 pages, 24 €.
Ces huit albums montrent la diversité des manières dont la bande dessinée aborde les réalités féminines : de la fantasy à l’essai intime, du récit documentaire à la tranche de vie. Ensemble, ils participent à une visibilité accrue des voix féminines dans le paysage éditorial — une contribution culturelle dont l’écho mérite d’être entendu, spécialement en ce 8 mars.
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