Vingt ans après avoir imposé son acidité, Miranda Priestly revient sur grand écran et rappelle que la mode sait aussi se rire d’elle-même — en pointant, au passage, les fractures actuelles des médias. Sorti mercredi 29 avril, le film mixe glamour, satires ciblées et clins d’œil très contemporains qui rendent sa lecture aussi divertissante que d’actualité.
Meryl Streep reprend le rôle qui l’a fait entrer dans la postérité, lunettes noires et réparties tranchantes incluses. À ses côtés, Anne Hathaway retrouve Andy Sachs, mais cette fois dans une peau plus affirmée : adieu l’assistante dévouée, bonjour la journaliste chevronnée appelée à remettre de l’ordre dans les pages de Runway.
Un héritage conservé, une époque revisitée
Le film ne trahit pas le ton du premier opus : ironie sur les coulisses de la mode, garde-robe éclatante et caméos pensés pour faire sensation. Pourtant, la toile de fond a changé. Les rédactions se cherchent entre contenus sponsorisés, formats vidéo pensés pour le scroll et pression commerciale permanente.
La mise en scène de David Frankel accentue ces tensions : le spectacle reste luxueux, mais la satire s’épaissit d’enjeux contemporains — monétisation, fermeture de titres, emprise des annonceurs — qui donnent au récit une saveur politique et sociale inattendue.
Le journalisme sous les feux de la rampe
Andy Sachs incarne le désarroi et la fidélité à un métier en crise. Récompensée pour des enquêtes, elle se voit néanmoins confrontée au constat brutal que la qualité n’est pas toujours rentable. Le film pose sans détour la question : le journalisme peut-il encore exister quand la rentabilité dicte les choix éditoriaux ?
Cette interrogation n’est pas accessoire : elle structure les conflits internes du magazine et alimente la démarche dramatique — sans verser dans le didactisme, le scénario met en scène le casse-tête moderne des rédactions.
Les puissants ne sont pas épargnés
La comédie n’hésite pas à caricaturer l’ère des ultra-riches et à remettre en scène des figures publiques à peine déguisées. Justin Theroux joue un milliardaire techno flambé, récemment transformé physiquement et socialement, tandis que Lucy Liu campe une ancienne épouse philanthropique ; les ressemblances avec des personnalités réelles sont pensées pour provoquer et commenter l’influence croissante des fortunes privées sur les médias.
Ces portraits servent moins la moquerie gratuite que la réflexion : quand des capitaux privés pèsent sur la sphère culturelle, quelles marges de manœuvre restent aux rédactions ?
- Sortie : mercredi 29 avril
- Principaux interprètes : Meryl Streep, Anne Hathaway, Justin Theroux, Lucy Liu, Emily Blunt
- Thèmes majeurs : crise de la presse, rapport entre rentabilité et qualité éditoriale, pouvoir des milliardaires, récupération médiatique des marques
- Cameos : des apparitions remarquées renforcent le côté feuilleton et satirique du film
Mode, scandales et réhabilitation médiatique
Le scénario joue aussi sur la réintégration spectaculaire de maisons de couture longtemps mises en cause. À travers plusieurs situations — dress codes provocateurs, alliances stratégiques avec des célébrités — le film illustre la façon dont la sphère fashion recycle et neutralise les controverses pour retrouver sa visibilité.
Dans ce registre, la comédie tient son équilibre : elle admire et critique l’industrie simultanément, offrant autant de jolies scènes de style que de coups de griffe dirigés vers ses contradictions.
Au final, ce second volet fonctionne comme une fable contemporaine : brillant visuellement, bien ancré dans l’actualité, et suffisamment malin pour transformer les inquiétudes réelles sur les médias et le pouvoir des riches en ressorts dramatiques et comiques.
Si l’on cherche une raison de se précipiter en salle, c’est bien pour mesurer à quel point la pop culture peut interroger, avec humour, les rapports entre information, argent et influence — tout en offrant un spectacle élégant et piquant.
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