La refonte des cadres d’exercice des infirmiers en pratique avancée se profile au niveau national et suscite déjà des initiatives locales : cet été, l’INTERARIPA a interrogé ses adhérents pour proposer des évolutions qui partent des usages réels. L’enjeu affiché est simple et immédiat : adapter les mentions aux besoins des territoires et aux parcours patients, sans effacer les compétences acquises.
Une consultation pour ancrer la réforme dans le concret
Plutôt que d’attendre le lancement officiel des discussions en septembre, le collectif qui réunit dix associations régionales d’IPA a organisé une consultation interne pendant la période estivale. Selon son président, Jean‑François Gay‑Laget, l’objectif est de remonter des pratiques de terrain afin d’éclairer les travaux nationaux menés au sein du CNP IPA.

Soixante‑sept professionnels volontaires, répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin, ont participé à cette démarche. Une réunion plénière a eu lieu le 17 juillet, suivie de regroupements en sous‑équipes pour approfondir les situations rencontrées au quotidien.
| Étape | Date | Objectif |
|---|---|---|
| Réunion collective initiale | 17 juillet | Recueil d’expériences et identification des questions prioritaires |
| Ateliers thématiques | Juillet–août | Discussions détaillées en quatre groupes |
| Synthèse | 4 septembre | Transmission des conclusions au CNP IPA |
Des constats convergents, des inquiétudes ciblées
Parmi les retours, deux tendances ressortent clairement. D’un côté, une volonté de moderniser la structuration des compétences pour mieux répondre aux évolutions du système de santé : renforcement des liens ville‑hôpital, développement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), et besoin d’une meilleure continuité des soins.
De l’autre, des inquiétudes existent, en particulier chez les infirmiers en pratique avancée affectés aux services d’urgences. Leur activité, centrée sur la prise en charge de situations aiguës, diffère sensiblement des consultations de suivi chroniques, et certains craignent que la disparition ou la dilution de leur mention n’affaiblisse leur identité professionnelle.
Conserver l’expertise sans enfermer l’exercice
Plutôt que de supprimer des spécialités, la piste privilégiée par de nombreux participants consiste à rendre les mentions plus flexibles : permettre à un professionnel d’exercer sa spécialité dans plusieurs cadres (hôpital, maison de santé, missions de territoire) selon les besoins locaux. En pratique, cela pourrait se traduire par des organisations de travail partagées, par exemple des temps en service d’urgences complétés par des permanences en cabinet ou en structure de ville.
- Maintenir les compétences spécifiques des IPA
- Faciliter la mobilité entre structures pour améliorer la continuité des soins
- Éviter l’enfermement des professionnels dans un seul lieu d’exercice
Ce mouvement de décloisonnement vise également à optimiser l’accès aux soins : mobiliser là où les expertises sont réellement utiles, réduire les retours en hospitalisation évitables et mieux coordonner la prévention et le suivi post‑sortie.
Un rôle clinique et coordonnateur
Les participants rappellent que la pratique avancée ne se limite pas à une reproduction raccourcie du rôle médical. L’expertise clinique reste centrale, mais s’y ajoutent des fonctions de prévention, d’éducation thérapeutique et d’organisation du parcours. Dans certaines CPTS, les IPA sont déjà sollicités pour gérer les sorties d’hospitalisation de patients atteints de diabète, de BPCO ou d’insuffisance cardiaque, intervenant parfois avant le médecin pour stabiliser la prise en charge et réduire les réhospitalisations.

Ces exemples illustrent une approche populationnelle : penser l’IPA en lien avec un territoire et un ensemble de patients plutôt qu’en référence exclusive à une pathologie ou à un service.
Ce que la réforme pourrait changer pour les patients
Si les pistes discutées sont adoptées, les usagers pourraient bénéficier d’un accès plus fluide à des professionnels formés et spécialistes, quel que soit le lieu de prise en charge. La coordination entre soins hospitaliers et ambulatoires devrait s’en trouver renforcée, notamment pour les patients chroniques ou fragiles qui naviguent entre plusieurs structures.
À court terme, les effets attendus sont :
- Des parcours moins fragmentés pour les patients post‑hospitalisés
- Une meilleure prévention des réadmissions
- Un recours plus ciblé aux urgences
Calendrier et perspectives
Les conclusions issues des travaux de l’été seront synthétisées début septembre puis transmises au Conseil national. L’INTERARIPA ambitionne également d’évoluer institutionnellement : l’association, aujourd’hui regroupant dix structures, envisage de se transformer en fédération et d’accueillir de nouveaux membres lors de son assemblée générale prévue en septembre.
Sur le fond, le message porté par les professionnels est attentif : il ne s’agit pas seulement d’ajuster des libellés administratifs, mais de concevoir des mentions qui reflètent la réalité du travail clinique et les impératifs locaux. Pour les patients et les territoires, l’enjeu est concret : faire en sorte que les compétences des infirmiers en pratique avancée soient mobilisées là où elles produisent le plus d’effet.
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