Une circulaire ministérielle signée cet été a ouvert la possibilité pour les infirmières de l’Éducation nationale d’exercer parallèlement en dehors de l’école, dans le privé libéral ou au sein d’un établissement de santé. Cette évolution, validée après avis du collège de déontologie, change le cadre professionnel mais laisse en suspens la question de sa pérennité juridique et de ses implications pratiques.
Dans un courrier daté du 17 juillet, la Direction générale des ressources humaines du ministère indique que les personnels infirmiers scolaires peuvent, en complément de leur service, mener une activité de soins en libéral ou intervenir dans un établissement de santé ou médico-social à but non lucratif. L’autorisation est conditionnée au respect du bon fonctionnement du service scolaire et à l’exercice de cette activité en dehors des obligations de service.
Conditions précises et limite aux intérims
Le ministère impose des garde-fous : l’engagement auprès d’un établissement doit se faire par un contrat direct avec celui-ci — l’embauche via une société d’intérim est exclue — afin d’éviter des formes d’intermédiation. Ces conditions visent à prévenir tout dysfonctionnement lié au cumul et à encadrer les modalités opérationnelles.

- Qui : infirmières et infirmiers de l’Éducation nationale.
- Quoi : exercice en libéral ou intervention dans un établissement de santé/ médico-social à but non lucratif.
- Quand : uniquement en dehors des obligations de service et sans nuire au fonctionnement du service scolaire.
- Comment : recrutement direct par l’établissement ; pas d’embauche via intérim.
- Prochaine étape demandée : encadrement légal durable de la mesure.
Pour les syndicats, cette décision répond à une revendication de longue date. Le Snies-Unsa, principal syndicat des infirmiers scolaires, a salué la rapidité de la procédure engagée par le ministre Édouard Geffray, qui a saisi le collège de déontologie et obtenu un avis favorable en quelques semaines. Mais les représentants du personnel rappellent qu’une autorisation administrative ne remplace pas une garantie parlementaire : ils souhaitent que ce nouvel état de fait soit inscrit dans la loi afin d’éviter un possible retour en arrière avec un futur changement de direction au ministère.
Ce dossier renvoie aussi à des tensions préexistantes : en 2020, face à la crise sanitaire, des infirmières scolaires avaient déjà été mobilisées ponctuellement pour renforcer les équipes hospitalières. L’expérience a montré l’utilité d’une certaine souplesse, mais elle a aussi mis en lumière des limites — notamment la charge de travail et la question des rémunérations.
Conséquences attendues et points de vigilance
Sur le plan concret, l’ouverture du cumul peut offrir plusieurs bénéfices : meilleure disponibilité de professionnels pour les structures de santé, opportunités complémentaires de revenus pour les infirmiers scolaires, et renforts pour les périodes de tension sanitaire. Toutefois, des risques sont également identifiés :
Des inspecteurs et syndicats insistent sur la nécessité d’un suivi strict pour éviter que le travail hors école n’entraîne une diminution de la présence au sein des établissements scolaires. Le volet salarial reste central : plusieurs représentants estiment que l’augmentation des salaires des infirmiers scolaires réduirait la nécessité de cumul d’activité.
Enfin, les autorités devront préciser les modalités de contrôle du « bon fonctionnement du service » et définir les éventuelles incompatibilités ou priorités en cas de conflit d’horaires. Sans cadre légal solide, la portée de la mesure pourrait varier selon les rectorats et les interprétations locales.
Le Snies-Unsa a d’ores et déjà annoncé qu’il mènerait le dossier vers une demande de légiférer afin de garantir la stabilité de cette possibilité. À court terme, l’application dépendra des textes d’application et des modalités locales décidées par les rectorats.
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