À Goma, une initiative locale transforme déchets organiques en énergie domestique : le biogaz commence à alléger la facture des ménages et à freiner l’abattage des arbres mais reste limitée face à l’urgence énergétique et environnementale. Avec la récente reprise de la ville par le groupe armé M23 en janvier 2025 et la flambée des prix du charbon, cette alternative gagne en urgence et en visibilité.
Dans une cuisine de quartier, Julienne Mukelenge a remplacé la marmite chauffée au charbon par une petite bouteille de biogaz. Elle se dit libérée des fumées irritantes et des coupures d’électricité fréquentes, et constate une économie tangible sur son budget mensuel.
Goma, métropole d’environ un million d’habitants, reste largement dépendante du charbon de bois pour la cuisson. Ces dernières années, les déplacements massifs de populations et la pression sur le parc des Virunga ont accéléré la déforestation, rendant le combustible plus rare et plus cher.
Une production locale, artisanale mais prometteuse
Depuis 2016, une entreprise locale appelée Umoja collecte biodéchets et fientes animales pour alimenter des puits de méthanisation — des « bio-digesteurs » en béton — où la matière organique se décompose et libère du méthane ensuite conditionné en bouteilles.
Sur le terrain, Yves Rubarura, salarié de l’entreprise, explique ramener plusieurs charrettes de fumier chaque semaine pour maintenir le flux. Umoja a aidé à construire une cinquantaine de ces installations dans la région et revendique une distribution mensuelle d’environ 720 kg de gaz conditionné.
Pour les foyers, l’avantage est simple : une bouteille de 6 kg, vendue près de 8 dollars, couvre deux semaines de cuisson pour un ménage de trois à cinq personnes, contre environ 30 dollars par mois pour le charbon.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Année de lancement | 2016 |
| Nombre de bio-digesteurs construits | ~50 |
| Distribution mensuelle déclarée | 720 kg |
| Prix d’une bouteille (6 kg) | 8 $ |
| Coût moyen du charbon par mois | ~30 $ |
Quels bénéfices et quelles limites ?
- Économies : réduction sensible du budget énergétique pour les ménages qui adoptent le biogaz.
- Santé : moins de fumées domestiques, donc des risques respiratoires réduits en intérieur.
- Environnement : contribution à la préservation des forêts proches, en réduisant la demande en charbon de bois.
- Fertilisation : les résidus de méthanisation peuvent être réutilisés comme engrais organique, avantage pour l’agriculture locale.
- Contraintes : production encore limitée, problèmes de stockage et d’outillage pour pressuriser les bouteilles, et manque d’espace en milieu urbain pour installer des installations chez chaque foyer.
Victor Materanya, directeur d’Umoja, souligne que la technologie est plus adaptée aux zones rurales où les agriculteurs peuvent à la fois fournir les matières premières et récupérer l’engrais issu du processus. En ville, l’étroitesse des parcelles et l’absence d’infrastructures freinent la montée en puissance du modèle.
Les experts locaux estiment également que la diffusion accrue du biogaz pourrait réduire l’usage d’engrais chimiques et atténuer la pollution liée à l’incinération des déchets, qui dégrade la qualité de l’air dans la province du Nord-Kivu.
À court terme, la question reste d’augmenter la capacité de production et d’améliorer la chaîne logistique — pressurage, stockage, distribution — pour que cette solution artisanale devienne une alternative crédible à grande échelle. Pour des dizaines de milliers de foyers, l’enjeu est double : économiser de l’argent et protéger des espaces forestiers déjà fragilisés par les conflits et les déplacements de population.
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