Le Medef alerte que le projet de loi d’urgence agricole, actuellement examiné au Sénat, risque de conférer à l’agriculture une place prioritaire dans l’accès à l’eau, au détriment d’autres secteurs économiques. Dans une note rendue publique cette semaine et transmise à l’AFP, l’organisation patronale dénonce surtout son exclusion des travaux préparatoires et appelle à des garde-fous.
Dans son document, le principal syndicat patronal souligne que la ressource en eau doit rester partagée entre tous les usages, alors que le texte vise à répondre à la forte mobilisation paysanne et à sécuriser la production dans un contexte de changement climatique, d’aléas sanitaires et de concurrence mondiale.
Le Medef salue certains ajustements récents qui allègent les procédures pour constituer des réserves, mais met en garde contre une logique donnant à l’agriculture un accès privilégié et permanent à des volumes d’eau sans contrepartie. Il rappelle que les entreprises ont, pour leur part, réduit leurs prélèvements et investi dans des solutions visant la sobriété hydrique.
Un article ciblé et des risques d’arbitrage
L’organisation s’attaque particulièrement à l’article dit 5A, qui aménage un cadre légal pour garantir « la disponibilité de la ressource » destinée au secteur agricole et introduit un principe qualifié de non-régression agricole, avec l’objectif de multiplier par deux les capacités de stockage pour l’agriculture d’ici 2035. Pour le Medef, cela ouvre la voie à une priorité de fait lors des futurs arbitrages entre usages.
Les craintes sont concrètes : voir des entreprises contraintes de réduire ou d’arrêter des activités faute d’accès à l’eau, ou voir des projets industriels fragilisés par des règles additionnelles. Le patronat demande explicitement que la loi précise que la reconnaissance des besoins agricoles ne doit pas instaurer une priorité générale des usages agricoles.
- Reproche principal : absence de concertation avec le monde économique lors de la rédaction du texte.
- Propositions : privilégier un bouquet de mesures (réutilisation des eaux, optimisation des consommations) plutôt que le seul développement des retenues.
- Inquiétude sur la gouvernance : crainte de voir le ministère de l’Agriculture placé aux côtés de l’Environnement dans la tutelle des agences de l’eau — les sénateurs ont finalement ajouté Bercy à cette copilotage.
- Impact sur l’industrie : l’article 9, qui renforce les contraintes pour les implantations industrielles sur terres agricoles, pourrait rendre certains projets économiquement fragiles.
Le ton du Medef reste technique et axé sur les conséquences économiques : il ne s’oppose pas à des mesures de soutien à l’agriculture, mais réclame des garanties d’équilibre entre usages et la reconnaissance d’autres pistes techniques que le stockage massif.
Au Sénat, quelques amendements montrent que la préoccupation des milieux économiques a été entendue — notamment l’intégration du ministère de l’Économie dans le pilotage des agences de l’eau — mais la discussion parlementaire se poursuit et déterminera si la loi préservera réellement une gestion partagée de l’eau face à des enjeux climatiques et industriels qui s’amplifient.
Avec AFP
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