En 2023, des habitants du nord‑est de la République démocratique du Congo ont obtenu des titres officiels pour protéger une large portion de leur forêt : un signe que la lutte locale pour la terre devient aussi une bataille d’intérêt public, entre préservation du « poumon vert » et appétits commerciaux. À l’échelle nationale, ces enjeux résonnent aujourd’hui dans les débats sur les marchés du carbone, la sécurité foncière et les risques de violences communautaires.
Une forêt convoitée, des droits fragiles
La RDC concentre près de 150 millions d’hectares de forêts, une ressource d’importance mondiale pour le climat. Mais sur le terrain, la propriété reste complexe : officiellement, les terres appartiennent à l’État, qui délivre des concessions privées, tandis que les communautés locales revendiquent des droits coutumiers souvent difficiles à faire valoir face à la corruption et aux procédures administratives.
Après quatre ans de démarches, la communauté de Yainyongo a obtenu en 2023 deux titres qui sécurisent environ 11 000 hectares dans la province de la Tshopo. Pour les villageois, c’est une victoire pratique — une manière de freiner l’arrivée d’investisseurs qui, selon eux, raflent les ressources en échange de paiements dérisoires.
Des usages quotidiens qui pèsent sur la forêt
La protection des arbres se heurte aux besoins économiques immédiats. À Romée, jeunes et adultes continuent d’extraire du bois pour produire du charbon, puis le convoyer par pirogue vers Kisangani : un sac se vend autour de 8 000 francs congolais, soit environ 3 dollars. Ce revenu local entretient une pression constante sur la couverture arborée.
Sur le plan national, les données sont alarmantes : entre 2004 et 2022, la superficie arborée a diminué d’un tiers selon Global Forest Watch, un recul qui alerte chercheurs et décideurs.
Compensation carbone et conflits d’intérêts
Ces dernières années, des projets destinés aux marchés du carbone ont fleuri en RDC. Mais ils soulèvent des controverses importantes : une étude britannique a pointé des irrégularités fréquentes dans l’attribution des projets et des pratiques qui ne garantissent pas toujours le consentement des populations concernées.
Les conséquences sont concrètes : lorsque des partenaires extérieurs soutiennent officiellement un groupe local, cela peut déclencher des accusations de « vente de terres » par d’autres communautés, alimentant rancœurs et violences.
- Climat : préservation d’un grand réservoir de carbone.
- Subsistance : revenus immédiats tirés du bois et du charbon.
- Droits fonciers : titrisation et reconnaissance administrative insuffisantes.
- Sécurité : conflits intercommunautaires et risques d’escalade violente.
- Marchés du carbone : promesses financières mais gouvernance contestée.
Des approches pour réduire les dégâts
Face à ce dilemme, certaines ONG et centres de recherche promeuvent des solutions pratiques : au lieu d’interdire tout usage, il s’agit d’orienter les pratiques vers des techniques agricoles plus productives et moins consommatrices de terres, ou d’encourager une gestion locale encadrée des ressources forestières.
Dans plusieurs villages, des méthodes de fertilisation et une intensification raisonnée des cultures permettent d’augmenter les rendements et de réduire le besoin de repousser sans cesse la frontière agricole — une alternative à l’agriculture itinérante qui brûle de nouveaux espaces forestiers chaque année.
| Indicateur | Chiffre | Année / Source |
|---|---|---|
| Surface forestière nationale | ~150 millions d’hectares | Estimation nationale |
| Perte de couverture arborée | 36 % | 2004–2022, Global Forest Watch |
| Titre communautaire obtenu | 11 000 hectares | Yainyongo, 2023 |
| Limite de la foresterie communautaire | Jusqu’à 50 000 hectares | Cadre légal depuis 2014 |
| Revenu par sac de charbon | ~8 000 FC ≈ 3 USD | Commerce local |
Violences et médiations : le prix de la reconnaissance
Les tensions peuvent dégénérer. En 2025, l’attribution d’une concession à une société étrangère dans un territoire voisin a déclenché un conflit meurtrier entre deux communautés rivales, soulignant combien les dossiers fonciers mal réglés sont un facteur de déstabilisation.
À Yainyongo, des habitants impliqués dans le projet de forêt communautaire ont été accusés d’avoir « vendu » la terre à des experts internationaux. Ces accusations ont mené à des agressions et au pillage de biens, jusqu’à ce que les autorités locales et des médiateurs ramènent une trêve fragile.
Les enquêtes et poursuites restent rares, et les racines des conflits — chevauchements de titres, manque de transparence, pression démographique — perdurent.
La question est désormais double : comment concilier les besoins économiques immédiats des populations et l’impératif global de conservation ? Et surtout, quelles garanties offrir aux communautés pour qu’elles deviennent actrices de la préservation, sans en payer le prix du soupçon et de la violence ?
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