Faut‑il renoncer au pain, aux pâtes ou aux pommes de terre à cause du cadmium ? Les autorités sanitaires répondent non, mais préconisent une approche collective : équilibrer ses repas tout en poussant sur des changements agricoles pour réduire la contamination des sols.
Dans deux rapports publiés début d’année, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a pointé des niveaux inquiétants de plusieurs substances chimiques dans certains aliments, et ciblé plus précisément le cadmium. Plutôt que d’ordonner des interdits alimentaires, les experts insistent sur des mesures à l’échelle des filières et sur l’importance d’une alimentation diversifiée pour limiter les risques.
Des sources de contamination essentiellement agricoles
Selon Irène Margaritis, responsable du pôle « Alimentation, santé animale et végétale » à l’Anses, l’origine du cadmium tient surtout à la nature des sols et à des apports liés à l’industrie et aux engrais. Autrement dit, c’est dans les champs que se joue une bonne part du problème, et non dans l’assiette seule.
Réduire la teneur des fertilisants en éléments indésirables et revoir certaines pratiques culturales sont les leviers recommandés pour agir durablement. Les auteurs des rapports veulent ainsi pousser les décideurs publics à intervenir, plutôt que d’inciter les consommateurs à modifier radicalement leurs habitudes alimentaires.
Pas d’aliments « interdits », mais des équilibres à retrouver
Les conclusions de l’Anses mêlent deux préoccupations : la présence de contaminants dans les denrées et les impératifs nutritionnels. Se priver d’un groupe d’aliments pourrait créer des déficits qui nuiraient davantage à la santé que la contamination elle‑même.
Par exemple, le rapport recommande de réduire la part excessive de produits à base de blé chez certains profils de population — pain, pâtes, pâtisseries — au profit d’alternatives riches en protéines végétales. Les légumineuses (lentilles, pois chiches, fèves) sont ainsi mises en avant, non seulement parce qu’elles limitent l’exposition potentielle mais aussi pour leurs bénéfices nutritionnels.
- Alimentation équilibrée : varier les sources de glucides et de protéines pour réduire l’impact d’une exposition ciblée.
- Plus de légumineuses : substituer en partie les céréales raffinées par des légumineuses pour combler un déficit protéique et diminuer la surexposition.
- Poisson : prudence et bénéfices : conserver une consommation de poisson (deux portions par semaine, dont une grasse) pour ses acides gras essentiels tout en évitant les excès qui augmenteraient l’exposition aux métaux lourds.
- Consommer les aliments riches en cacao ou en chocolat avec modération : le risque lié au cadmium apparaît surtout en cas de consommation importante et régulière.
Irène Margaritis tient à rappeler que la présence d’une substance dans un aliment ne suffit pas à en faire un maître‑mot d’alerte : la fréquence et la quantité consommées déterminent l’ampleur du risque. Autrement dit, un carré de chocolat occasionnel ne pèse pas de la même façon qu’une tablette quotidienne.
Effet cumulatif et perspective de santé publique
Si certaines contaminations ont reculé après l’interdiction de pratiques industrielles nocives, l’Anses observe tout de même un phénomène d’accumulation de polluants dans l’environnement et les organismes. Ce « cumul » est au cœur des inquiétudes : il peut amplifier des effets sanitaires même lorsque la concentration individuelle d’une substance diminue.
Les rapports visent donc à fournir des données destinées à guider les politiques publiques, et non à créer de l’alarme parmi les consommateurs. L’enjeu est double : protéger la population aujourd’hui tout en orientant l’agriculture vers des pratiques qui limitent l’entrée des contaminants dans la chaîne alimentaire.
En pratique, les priorités qui émergent sont à la fois réglementaires et comportementales : réduire la contamination des engrais et des sols, adapter les méthodes de culture, et encourager une alimentation variée pour minimiser l’exposition individuelle.
- Actions publiques : contrôle et restriction des impuretés dans les fertilisants, surveillance renforcée des sols agricoles.
- Actions collectives : politiques de filière pour limiter les apports industriels et favoriser des pratiques agricoles moins contributrices à la pollution.
- Actions individuelles : privilégier la diversité alimentaire, intégrer davantage de légumineuses, respecter les repères de consommation (poisson, produits sucrés).
Ces recommandations, rapportées par l’Anses et présentées au public début d’année, visent à réduire à la fois l’exposition aux contaminants et les risques nutritionnels associés. L’équation reste simple : sans changements structurels sur les sols et les intrants agricoles, la responsabilité ne peut reposer uniquement sur les consommateurs.
Source : rapports de l’Anses et déclarations d’Irène Margaritis. Reportage AFP.
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