Une projection récente de la direction des statistiques du ministère de la Santé montre que la France pourrait compter sensiblement plus de médecins d’ici 2040 — une évolution qui tient, en grande partie, à la levée progressive des quotas d’accès aux études médicales. Ce renfort potentiel du nombre de praticiens pose déjà aujourd’hui des questions concrètes sur l’accès aux soins et l’organisation des formations.
Le calcul repose sur le modèle ProMédI, développé par la Drees pour estimer chaque année, jusqu’en 2070, le nombre de médecins âgés de moins de 70 ans en exercice. Les projections utilisent des hypothèses précises : maintien des comportements professionnels observés récemment (temps de travail, parcours de formation, retraites), flux d’étudiants et intégration annuelle de praticiens formés à l’étranger.
Que disent les chiffres pour 2040 ?
Dans le scénario retenu comme « tendanciel », l’effectif combiné de médecins en activité et d’étudiants de troisième cycle atteindrait environ 351 300 personnes en 2040. Selon les variantes sur le nombre d’entrants en deuxième année, cette estimation peut descendre à 340 600 ou monter à 362 500.

- Effectifs en 2025 : 261 800 médecins et étudiants en troisième cycle.
- Projection 2040 : 340 600 à 362 500 selon les scénarios.
- Augmentation : entre +30 % et +39 % par rapport à 2025 (soit +78 800 à +100 800 personnes).
- Hypothèses clés : environ 12 200 entrées en 2e année de médecine par an et 2 500 médecins diplômés à l’étranger intégrés chaque année.
- Projection 2060 : si les entrées restent proches de 12 200/an, l’effectif pourrait atteindre 464 200.
Pourquoi ces perspectives importent maintenant
À court terme, ces prévisions laissent entrevoir un soulagement possible pour des zones et spécialités sous tension. Mais l’augmentation brute des effectifs ne garantit pas automatiquement une meilleure couverture territoriale ou une répartition équilibrée entre spécialités.

La disponibilité réelle de soins dépendra aussi de facteurs structurels : répartition géographique, choix de carrière des nouvelles promotions (médecine générale vs. spécialités), temps de travail moyen et dispositifs d’intégration pour les médecins formés hors de France. Autant d’éléments que le modèle prend en compte de façon statistique, mais qui restent soumis à des décisions politiques et organisationnelles.
Par ailleurs, la Drees souligne que l’augmentation prévue est largement conditionnée par la capacité de formation universitaire et hospitalière : sans places pédagogiques, stages et encadrement supplémentaires, l’effet attendu sur le terrain risque d’être limité.
Enjeux à surveiller
Plusieurs points méritent une attention particulière dans les mois et années à venir :
- La mise en œuvre opérationnelle des capacités de formation (nombre de stages hospitaliers, encadrement).
- Les conditions d’exercice et de répartition des jeunes médecins pour éviter une concentration dans les zones déjà bien dotées.
- La reconnaissance, la validation et l’accompagnement des médecins diplômés à l’étranger afin d’intégrer efficacement ces arrivées annuelles.
- Les évolutions du temps de travail médical, qui influencent directement le nombre d’heures de soins disponibles.
Au final, la projection de la Drees ouvre la porte à un renforcement significatif des effectifs médicaux d’ici 2040, mais sa traduction en meilleure accessibilité aux soins dépendra de choix politiques et d’un pilotage précis des formations et de la répartition territoriale des professionnels.
La Drees publie l’étude complète qui détaille les hypothèses et les scénarios — un document utile pour suivre l’évolution des politiques de santé et mesurer les effets concrets de ces projections.
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