La France a franchi un nouveau cap en 2025 avec un nombre record de greffes, mais la progression s’essouffle et des lacunes d’information fragilisent la confiance du public. Ces tendances ont des conséquences directes pour les patients en attente et imposent des ajustements rapides des politiques de don.
Selon le bilan publié par l’Agence de biomédecine, 6 148 greffes ont été réalisées en 2025, un total supérieur au précédent record de 2017. Les reins restent majoritaires, suivis du foie et du cœur, tandis qu’une large part des interventions provient des donneurs en état de mort cérébrale.
- 3 867 greffes rénales
- 1 431 greffes hépatiques
- 421 greffes cardiaques
- 1 590 donneurs en état de mort encéphalique mobilisés parmi 3 188 cas potentiels
Cette consolidation des activités résulte d’un ensemble de mesures intégrées au Plan ministériel 2022‑2026. L’Agence cite notamment la montée en charge du prélèvement post‑arrêt cardiaque (protocole Maastricht 3), des audits hospitaliers, des investissements en perfusion d’organes et un renforcement de la formation des équipes soignantes.
Progrès réels, rythme ralenti
Malgré le record, la croissance annuelle a nettement diminué : +1,5 % en 2025 contre +7,1 % en 2024. Ce ralentissement place l’année dans la partie basse des trajectoires prévues par le Plan, qui vise jusqu’à 6 760 greffes en 2026 dans l’hypothèse intermédiaire.
Les dons de donneurs vivants augmentent mais plafonnent : 603 greffes rénales avec donneur vivant (dont 8 issues de dons croisés) et 11 greffes hépatiques. La part des greffes rénales venant de donneurs vivants reste limitée à 15,6 %, loin de l’objectif ministériel de 20 %.
L’Agence insiste sur la nécessité d’activer de nouveaux leviers : pousser le prélèvement multi‑sources, approfondir l’analyse des freins sociétaux et hospitaliers à l’acceptation du don, et poursuivre la montée en compétence des équipes.
Un déficit d’information qui pèse
Parallèlement au bilan, l’Agence livre les résultats de son enquête annuelle sur la perception du don en France. La bienveillance d’ensemble est stable, mais la connaissance et l’expression des choix personnels restent insuffisantes.
- 74 % des Français se déclarent favorables au don après décès (stable depuis dix ans)
- 90 % estiment important que leurs proches connaissent leur position, mais seulement 49 % en ont parlé (baisse de 4 points vs 2025)
- Seuls 33 % se sentent « bien informés », avec un fossé générationnel (les +65 ans se disent mieux informés : 42 %)
Plusieurs idées reçues persistent : 62 % des personnes pensent à tort que le prélèvement est automatique si l’on n’a pas inscrit son refus sur le Registre national des refus, alors que la famille est systématiquement consultée. Moins de la moitié savent par ailleurs que le don est compatible avec des rites funéraires.
Chez les professionnels hospitaliers, des incompréhensions subsistent : près de 30 % estiment encore que les donneurs ne sont pas décédés au moment du prélèvement, révélant un besoin de formation continue et de reconnaissance des pratiques.
La désinformation, un impact concret
L’Agence met en garde contre la circulation d’informations erronées sur les réseaux sociaux. Selon ses estimations, la désinformation a provoqué des dizaines de milliers d’inscriptions infondées au Registre national des refus en 2024 et 2025, réduisant ainsi la disponibilité d’organes pour les patients en attente.
La ministre de la Santé a souligné que ces campagnes alimentent la défiance et constituent « une perte de chance » pour les malades. Les autorités appellent à multiplier la diffusion de contenus fiables et vérifiés sur tous les canaux, médias et réseaux inclus.
En conclusion, les succès de 2025 démontrent l’efficacité des politiques lancées, mais ils rappellent aussi que franchir les prochains paliers exigera davantage d’efforts : communication publique renforcée, lutte contre la désinformation, reconnaissance des équipes impliquées et développement d’approches techniques et organisationnelles nouvelles. Sans ces mesures, la file d’attente pour une greffe risque de rester trop longue pour de nombreux patients.
Source : Agence de biomédecine / Infirmiers.com
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