Le gouvernement a rendu public mercredi un plan national destiné à encadrer la lutte contre le frelon asiatique, une menace désormais installée sur l’ensemble du territoire. L’objectif affiché : mieux coordonner interventions et moyens, alors que les apiculteurs réclament des mesures plus concrètes pour compenser les pertes et protéger leurs ruches.
Un cadre national pour des actions locales
Le texte, publié au Journal officiel, classe les départements selon quatre niveaux d’exposition et instaure un pilotage à l’échelle nationale. Les préfets devront, sous six mois, élaborer des déclinaisons départementales en concertation avec les collectivités, les filières et les associations environnementales.

Cette organisation vise à harmoniser les pratiques et à adapter les réponses à la pression locale du nuisible, explique l’exécutif. Le plan met l’accent sur la nécessité d’améliorer les connaissances scientifiques et le partage d’informations entre acteurs.
Ce que prévoit le plan
Plutôt que d’espérer une éradication, désormais jugée irréaliste, les mesures cherchent à limiter les impacts :

- Destruction des nids repérés sur le terrain ;
- Piégeage ciblé des fondatrices au printemps pour réduire les essaims à venir ;
- Dispositifs destinés à diminuer le stress des colonies d’abeilles (protection des ruches, bonnes pratiques apicoles) ;
- Renforcement des connaissances et programmes de surveillance coordonnés.
Pour 2026, une enveloppe exceptionnelle de 3 millions d’euros est annoncée par le ministère de la Transition écologique afin d’aider les collectivités à déployer ces actions.
Une menace avérée pour les abeilles, les cultures et la sécurité
Présent en France depuis 2004 — l’espèce a vraisemblablement été introduite via du matériel importé — le Vespa velutina nigrithorax s’est répandu dans tous les départements métropolitains. Prédateur d’insectes, il peut gravement fragiliser les cheptels apicoles : certaines exploitations rapportent des pertes pouvant atteindre 30 à 50 % des colonies.
Au-delà de l’apiculture, le frelon attaque les fruits mûrs, ce qui pèse aussi sur l’arboriculture et la viticulture. Les autorités soulignent enfin un risque pour la santé publique en cas d’interactions avec la population.
Apiculteurs en colère : l’indemnisation toujours en suspens
Malgré l’annonce du plan, les principales organisations d’apiculteurs estiment que l’essentiel n’est pas réglé. L’Union nationale des apiculteurs de France (UNAF) a exprimé sa « grande déception », dénonçant un effet d’annonce tant que les mécanismes d’indemnisation prévus par la loi de 2025 ne sont pas appliqués.
Selon l’UNAF, le coût des protections à déployer reste élevé : environ un million d’euros par département et par an pour couvrir l’ensemble des dispositifs recommandés. À titre d’exemple, un piège sélectif destiné à quatre ruches coûte environ 40 euros, ce qui représente un investissement conséquent pour les petites exploitations.
Sur la question de la prise en charge financière, les ministères se renvoient la balle : l’agriculture souligne que le frelon est une espèce exotique envahissante, tandis que la Transition écologique rappelle son rôle dans la mise en œuvre du plan — une ambiguïté qui exaspère les professionnels.
Durant les débats parlementaires, des députés avaient également insisté pour que les substances utilisées pour éliminer les nids ne portent pas atteinte à l’environnement. Le texte gouvernemental précise aujourd’hui la priorité donnée à des méthodes séléctives afin de limiter les dommages collatéraux sur les autres espèces.
À quoi s’attendre dans les prochains mois
Les départements vont devoir établir leurs plans locaux dans les six mois suivant la publication, sous l’autorité du préfet. Le printemps, moment clé pour le piégeage des fondatrices, sera scruté de près par les apiculteurs et les collectivités.
- Calendrier : déclinaisons départementales attendues dans les six mois ;
- Moyens : 3 M€ exceptionnels pour 2026, à répartir selon les besoins locaux ;
- Priorités : méthodes sélectives, surveillance renforcée et communication entre acteurs.
Si le plan pose un cadre attendu depuis longtemps, son efficacité dépendra désormais de sa mise en œuvre locale et de la clarification des modalités d’indemnisation réclamées par la filière apicole.
Selon l’AFP.
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