Les infirmiers de bloc opératoire du service Laennec de l’hôpital Necker-Enfants malades ont mis fin à leur mouvement : un protocole de sortie de grève, signé le 30 juillet 2026, fixe de nouvelles règles de fonctionnement et des mesures financières. L’accord vise à stabiliser les équipes, réduire les risques liés aux débordements d’activité et clarifier le recours aux intérimaires — des enjeux immédiats pour la sécurité des patients cet été.
Un accord issu de semaines de tensions
Depuis près d’un an, les équipes d’IBODE (infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État) dénonçaient des conditions de travail dégradées et des risques potentiels pour la qualité des soins. Un préavis local porté par la CGT et une mobilisation le 8 juillet ont poussé la direction à ouvrir des négociations intenses.

Après plusieurs rencontres, dont un conseil de bloc exceptionnel le 2 juillet, la direction et les représentants du personnel ont finalisé un protocole précisant les engagements sur l’organisation, la sécurité et la rémunération.
Deux IBODE obligatoires dans les salles instrumentées
Le protocole institue comme règle générale la présence de deux IBODE par salle dès que l’intervention requiert une instrumentation. Les ouvertures de salles devront être adaptées aux effectifs disponibles et au programme opératoire, au plus tard lors de la cellule de régulation du vendredi qui précède la semaine concernée.

Si une salle instrumentée ne peut pas bénéficier de deux IBODE, elle devra être fermée. Pour les sessions mixtes (interventions instrumentées et non instrumentées), une réorganisation sera recherchée en priorité ; à défaut, la fermeture s’applique également. Par ailleurs, une infirmière « hors salle » sera positionnée à partir de novembre 2026 pour assurer la continuité et la sécurité des prises en charge.
Le protocole précise aussi la procédure matinale : dès 7h30, encadrement et équipes doivent tenter une réorganisation ; à 8h, le binôme chirurgien‑anesthésiste ajuste le programme si nécessaire.
Débordements et temps de travail reconnus
Les heures de travail effectuées au-delà des horaires prévus seront désormais comptabilisées comme temps de travail effectif. Les IBODE auront le choix entre une rémunération ou un repos compensateur ; les heures supplémentaires seront payées selon les règles en vigueur.
Pour limiter les dépassements récurrents, le protocole impose des conséquences opérationnelles : si le même chirurgien provoque deux débordements malgré les alertes, il devra céder une demi‑vacation dans les trois mois, transformée en salle de semi‑urgence afin de préserver le planning global.
Encadrement renforcé des intérimaires
Le recours aux personnels temporaires est strictement encadré. Pour être affectés au bloc, les intérimaires devront :
- justifier d’au moins deux ans d’expérience en bloc opératoire,
- maîtriser l’instrumentation et remplir un questionnaire d’auto‑évaluation,
- faire l’objet d’une période d’observation suivie de cinq jours d’évaluation en compagnonnage.
Un circuit rapide permet de retirer un intérimaire des plannings s’il est identifié comme un risque pour la sécurité des soins.
Formation, évaluation des risques et gouvernance
La direction confirme le maintien du financement des formations IBODE. Entre 2022 et 2026, sept infirmiers ont été soutenus pour suivre la spécialisation. L’accord insiste sur la régularisation du statut des soignants non diplômés afin d’atteindre la conformité avant décembre 2031.
Le document unique d’évaluation des risques professionnels du bloc Laennec devra être mis à jour et les agents pourront, à titre individuel ou collectif, solliciter la psychologue du travail. À partir de septembre, un groupe de travail élargi réunira toutes les parties prenantes pour proposer, dans un délai de trois mois, des améliorations sur la programmation, la gestion des débordements et la gouvernance du bloc.
Mesures financières et dispositifs d’attractivité
Pour renforcer l’attractivité et la fidélisation, le protocole comporte plusieurs dispositions financières :
- versement de l’équivalent de 5 heures supplémentaires chaque mois aux IBODE concernés (sous réserve d’un temps plein) ;
- une prime d’accueil de 1 100 euros par semestre pendant la première année pour les nouveaux arrivants ;
- une « surprime » de fidélisation de 500 euros par semestre pour le personnel en poste ;
- une surprime d’engagement opérationnel (200 à 400 euros par semestre) liée à l’intégration des nouveaux et au volontariat pour des heures anticipées ;
- possibilité d’ajouter un troisième tuteur éligible à la prime de tutorat.
Ces mesures visent à stabiliser les équipes à court terme, alors que la période estivale et les vacances représentent un point de tension sur les plannings.
Concrètement, l’accord tente d’équilibrer exigences de sécurité et contraintes opérationnelles : en imposant des règles sur les effectifs, en reconnaissant financièrement les heures réellement travaillées et en professionnalisant le recours aux intérimaires, la direction et les IBODE cherchent à réduire les situations à risque.
Corinne Pauline Nkondjock
Source : infirmiers.com
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