Depuis juillet, le bloc opératoire du Centre Hospitalier de Martigues est en grève pour contester des changements qui touchent directement les horaires, l’organisation du travail et la paie des équipes. La mobilisation, qui réunit tout le personnel du bloc, soulève une tension entre la nécessité de se conformer à des obligations juridiques et la crainte d’une baisse effective des revenus pour des salariés déjà fragilisés.
Les motifs principaux du mouvement
Les professionnels dénoncent des décisions prises par la direction cet été, présentées comme des mises en conformité réglementaire, mais qui, selon eux, rognent des acquis et pèsent sur les fins de mois. La contestation ne se limite pas aux infirmiers de bloc opératoire : IDE, IADE, aides-soignants et agents de service hospitalier ont rejoint l’arrêt de travail.

- Suppression de la majoration pour les temps partiels : les heures effectuées par des salariés à temps partiel pendant la nuit, les dimanches ou jours fériés seraient désormais comptées comme heures complémentaires et non plus comme heures majorées, entraînant une perte de rémunération.
- Fin de la double rémunération sans compensation additionnelle : une pratique ancienne est supprimée ; les salariés demandent une indemnisation pour compenser la réduction de revenu.
- Réduction de 20 minutes de pause méridienne pour certains postes, notamment les agents de bionettoyage, ce qui représente, selon les syndicats, l’équivalent de plusieurs jours de RTT sur l’année.
- Reconfiguration des gardes : l’abandon des gardes de 24 heures pour les IADE modifie l’organisation des plannings et la répartition des amplitudes, avec des conséquences possibles sur les rémunérations et sur les rotations d’équipe.
Sur le terrain, ces modifications pèsent particulièrement sur des salariés contraints à des quotités réduites pour raisons familiales. Plusieurs infirmières évoquent la situation de mères isolées ou de parents d’enfants en situation de handicap pour qui une baisse de revenus serait difficilement supportable.
Ce que demandent les équipes
Les revendications sont précises : les soignants acceptent la mise en conformité avec la loi mais réclament une compensation financière lorsque l’adaptation des règles se traduit par une diminution de salaire. Ils disent être prêts à revoir les modalités de travail, à condition que cela n’entraîne pas de perte nette sur la fiche de paie.
Les responsables du collectif insistent également sur la nécessité d’une concertation réelle, préalable à la mise en œuvre de toute réorganisation, afin de tenir compte des contraintes opérationnelles du bloc et d’éviter des ruptures de fonctionnement.
La réponse de la direction
Loïc Mondoloni, directeur du Centre Hospitalier de Martigues, reconnaît l’inquiétude des agents et explique que les changements s’inscrivent dans une démarche initiée après un contrôle de la Chambre régionale des comptes et un diagnostic appuyé par l’ANAP. Il affirme que l’objectif est d’assurer la conformité juridique de l’établissement tout en limitant l’impact sur les équipes.

Selon la direction, il existe des marges de manœuvre pour aménager l’application des règles en tenant compte des réalités des métiers ; des rendez‑vous individuels avec les ressources humaines ont été proposés aux agents concernés.
- Revoir les cycles et l’organisation des services pour atténuer les effets financiers.
- Proposer un accompagnement individuel (entretiens RH) pour rechercher des adaptations adaptées à chaque situation.
- Prendre en compte les spécificités des métiers — par exemple, l’évaluation de la pause méridienne ou la valorisation des astreintes selon les secteurs.
La direction soutient aussi que certaines obligations sont imposées par les autorités judiciaires et administratives et que l’établissement doit y répondre sous peine de risques juridiques.
Enjeux et perspectives
À court terme, la poursuite de la grève met la pression sur les discussions locales et sur l’activité du bloc opératoire. Les agents veulent des garanties écrites sur le maintien du pouvoir d’achat ; la direction, elle, insiste sur la nécessité d’un cadrage réglementaire. Le risque est double : un blocage prolongé perturbe la prise en charge des patients, tandis qu’une application stricte sans mesures compensatoires risque d’affaiblir des personnels déjà en tension.
Les prochaines étapes dépendront des négociations ouvertes entre les équipes, les syndicats et la direction. Pour l’instant, le conflit illustre la difficulté d’articuler conformité administrative et souplesse opérationnelle dans des services où l’organisation du travail conditionne à la fois la qualité des soins et le revenu des salariés.
Qui est mobilisé : IBODE, IDE, IADE, AS, ASH — l’ensemble des métiers du bloc se dit concerné tant par les changements de rémunération que par l’évolution des plannings.
Articles similaires
- IBODE Necker concluent un accord: la grève levée, les blocs reprennent
- Infirmier anesthésiste: rôle élargi, carrière valorisée et charges accrues
- Indemnisation des astreintes: ce que la nouvelle instruction change pour votre salaire
- IBODE : nouvelles formations pour accélérer l’embauche en bloc opératoire
- IADE: nombreux étudiants bloqués par l’absence de financements










