La réforme des études infirmières, désormais fixée et programmée pour une entrée en vigueur en septembre 2026, vise à répondre à deux urgences : améliorer la qualité des stages et limiter la détérioration de la santé mentale des étudiants. Son application va redessiner l’organisation des formations et les règles d’encadrement des terrains de stage.
Un cursus confirmé en trois ans, avec plus de pratique
Le cadre général reste un cycle de trois ans totalisant 4 600 heures. La répartition révisée accorde une place accrue à la formation clinique : au total, 66 semaines en milieu professionnel contre 56 semaines d’enseignement théorique, avec un ajout de six semaines dédiées aux pratiques simulées.
La montée en puissance de la simulation est présentée comme un outil clé pour mieux préparer, en particulier, le premier stage — une étape éprouvante pour beaucoup d’apprenants. À ce sujet, une enquête nationale a mis en lumière un taux élevé de décrochage potentiel lié aux expériences en stage.
Évaluer et contrôler les terrains de stage : mécanismes nationaux
Pour pallier la variété et parfois la faiblesse de l’accueil en stage, la réforme institue une procédure d’évaluation systématique des lieux d’accueil. Les évaluations seront pilotées par une commission rattachée au groupement universitaire, censée offrir plus d’impartialité que les seules structures de formation.
Un système d’agrément des terrains de stage ira de pair : renouvellement tous les cinq ans, possibilité de suspension temporaire pour permettre la remobilisation des équipes, voire fermeture définitive en cas de manquements graves. Ce dispositif étend au plan national des pratiques jusque-là expérimentées localement.
Où trouver davantage de places de stage ?
La réforme encourage l’ouverture vers des lieux jusqu’ici peu utilisés pour la formation infirmière. Au-delà des services hospitaliers classiques, plusieurs options sont identifiées :
- unités de recherche et laboratoires ;
- services de santé publique et actions de prévention ;
- exercice libéral, maisons de santé pluriprofessionnelles, CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé).
Ces nouveaux terrains exigent un travail préparatoire : diagnostic des capacités d’encadrement, formation des tuteurs, temps dédié dans les plannings et reconnaissance institutionnelle de la charge liée à l’encadrement d’un étudiant.
Le tutorat : complément nécessaire, mais exigeant
Le tutorat est distingué en deux formes : l’encadrement en stage et l’accompagnement pédagogique en milieu scolaire. Les deux nécessitent des formations dédiées pour sécuriser les pratiques et prévenir les risques psychosociaux chez les étudiants.
Le tutorat entre pairs, promu par des réseaux comme la FNESI, fait déjà ses preuves et figure dans le nouveau référentiel de formation. Les établissements sont invités à structurer et soutenir ces dispositifs, qui apportent un bénéfice notable en termes d’entraide et de maintien du lien social entre promotions.
Santé mentale et précarité : les enjeux immédiatement visibles
La FNESI, dans une enquête publiée en 2025, a signalé que près de sept étudiants sur dix ressentent une dégradation de leur santé mentale au cours de leur formation. Les stages sont désignés comme la première source de malaise.
Plusieurs mesures du nouveau programme cherchent à répondre à ces problèmes : intégration de modules de premiers secours en santé mentale et d’enseignements sur les compétences psychosociales, mais aussi un volet social renforcé pour lutter contre la précarité étudiante.
Sur ce point, la loi dite Lévy et l’arrêté du 20 février 2026 visent à faciliter l’accès aux services universitaires (restauration à tarif réduit via le CROUS, par exemple). Les modalités concrètes de conventionnement entre instituts de formation et services universitaires restent à préciser dans un texte attendu prochainement.
L’outil ESImètre : évaluation individuelle et voies d’action
Pour aider les étudiants à objectiver leur situation, la FNESI a mis au point l’ESImètre, un questionnaire d’auto-évaluation centré sur les conditions de vie et d’apprentissage.
- Temps de pause et organisation des journées ;
- Accès à un espace pour déjeuner ou se changer ;
- Qualité des relations avec encadrants, tuteurs et formateurs ;
- Perception du stress et des facteurs de vulnérabilité.
La fiche intègre également une fiche pratique avec les numéros et contacts utiles pour obtenir de l’aide immédiatement.
Ce que la réforme change concrètement
- Plus de pratique encadrée grâce aux semaines supplémentaires et à la simulation ;
- Contrôle renforcé des terrains de stage via agréments et commissions indépendantes ;
- Ouverture vers des lieux d’accueil diversifiés pour multiplier les places ;
- Reconnaissance et formation des tuteurs ;
- Mesures sociales et pédagogiques pour freiner la précarité et améliorer la santé mentale.
La mise en œuvre à la rentrée de septembre 2026 marque une étape importante, mais plusieurs points réglementaires et logistiques restent à clarifier. Le succès de la réforme dépendra autant de son cadrage national que de la capacité des établissements et des services de santé à mobiliser des moyens concrets pour mieux accompagner les étudiants.
Articles similaires
- Indemnités de stage non versées: étudiants infirmiers bordelais réclament leur dû
- Formation infirmière: étudiants en première ligne pour pallier la crise du personnel
- Étudiants infirmiers: un baromètre numérique détecte la détresse
- Étudiants: aides urgentes, dates clés et démarches à ne pas manquer
- Formation aides-soignants: tout ce que doivent savoir les futurs étudiants



