La Coupe du monde 2026 démarre sous le signe de l’ampleur — trois pays hôtes, 48 équipes et 104 rencontres — mais aussi sous le feu des critiques pour son bilan climatique. À l’heure où les stades s’animent, chercheurs et ONG tirent la sonnette d’alarme sur des émissions et des risques sanitaires qui dépassent largement les estimations officielles.
Des trajectoires aériennes qui pèsent lourd
Plusieurs études récentes pointent du doigt les déplacements internationaux comme principal facteur d’impact. Un calcul publié début juin par le cabinet Greenly attribue aux seuls trajets en avion des équipes, des supporters, des médias et du staff près de 7,7 millions de tonnes de CO2 — soit l’essentiel de la facture carbone de l’événement.
Ce total contraste fortement avec l’estimation de la FIFA, datant de 2018 et fondée sur un format réduit : 3,6 millions de tonnes de CO2. Le contexte a depuis changé : le tournoi compte désormais 24 matches supplémentaires et des villes hôtes réparties sur un continent — la distance entre Mexico City et Vancouver dépasse 4 000 kilomètres.
- Vols internationaux : près de 7,7 Mt de CO2 selon Greenly, concentrant l’essentiel des émissions.
- Estimation alternative : des chercheurs regroupés au sein de Scientists for Global Responsibility ont évalué en 2025 le total minimal à environ 9 Mt de CO2.
- Différence méthodologique : l’estimation de la FIFA (2018) repose sur un calendrier et un nombre de rencontres très différents.
Un format qui accentue le problème
Le passage de 32 à 48 sélections, l’introduction d’un tour supplémentaire et l’allongement du calendrier font mécaniquement monter le volume des voyages et des matchs. Avec près de 7 millions de billets mis en vente, l’afflux de spectateurs est attendu comme massif.
La BBC a illustré l’impact par un exemple : un supporter anglais se rendant à tous les matches de son équipe jusqu’à la finale générerait environ 3,5 tonnes de CO2 — l’équivalent du chauffage d’un foyer britannique pendant plus d’un an et demi.
Chaleur extrême : un danger pour joueurs et publics
Au-delà des émissions, le climat lui‑même pose un risque. Les alertes scientifiques se multiplient : l’ONU Climat avait déjà mis en garde en 2024 contre la probabilité d’épisodes de chaleur intense lors du tournoi, et le réseau World Weather Attribution estime qu’un quart des rencontres pourraient se dérouler dans des conditions de chaleur et d’humidité classées « dangereuses ».
Conséquences prévisibles : rythme de jeu ralenti, pauses supplémentaires, besoin accru de dispositifs de rafraîchissement. Les organisateurs devront aussi protéger les supporteurs — dans les stades comme dans les fan zones — exposés pendant plusieurs heures à des températures élevées.
Une gouvernance critiquée
Sur le plan institutionnel, la stratégie climatique de la fédération suscite des questions. La FIFA a présenté des objectifs ambitieux — réduction des émissions à moyen terme et neutralité carbone à l’horizon 2040 — mais ses décisions récentes alimentent la controverse.
L’attribution de la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite et le partenariat majeur conclu en 2024 avec un groupe pétrolier, devenu le principal sponsor sur la période, interrogent sur la cohérence entre engagements et pratiques commerciales.
Ce que la compétition révèle
Le Mondial 2026 cristallise plusieurs tensions : logistique d’un tournoi transcontinental, émissions dominées par les déplacements, et exposition aux fortes chaleurs pour tous les acteurs. Il illustre aussi la difficulté, pour le sport globalisé, de concilier attractivité internationale et limites environnementales.
Pour l’avenir, la question est posée en des termes concrets : quelles mesures pour réduire les vols, adapter les calendriers, renforcer la protection sanitaire des publics et rendre les engagements climatiques réellement contraignants ? Les réponses données pendant et après 2026 fixeront des précédents pour les éditions 2030 et 2034.
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