À Savane, quartier informel de Matoury en périphérie de Cayenne, des familles continuent d’accéder difficilement à l’eau potable — un enjeu de santé publique que la Croix‑Rouge tente d’atténuer depuis 2025 avec un dispositif d’« eau à domicile ». Le sujet reste d’actualité: au-delà de la précarité, il pose la question de compétences locales et de solutions durables pour des milliers de Guyanais.
Perdues derrière des sentes et des voies en terre, les habitations de Savane forment des îlots baptisés Jérusalem, Canaan ou d’autres noms bibliques. Beaucoup sont construites en dur ou en tôles, mais majoritairement non reliées au réseau municipal.
Selon l’Agence régionale de santé, environ 15 % de la population guyanaise n’a pas d’eau courante à domicile. Pour boire, certains dépendent de bornes payantes, d’achetages de packs ou de la récupération d’eau de pluie. Les plus démunis creusent des puits artisanaux, souvent à quelques mètres des habitations.
Pour protéger son anonymat, Lysmene, originaire d’Haïti, raconte qu’elle pompe l’eau d’un puits proche de sa maison pour toute la famille. Mais sans traitement ni réseau d’assainissement, ces sources restent vulnérables aux pollutions.
Risques réels et causes locales
Dans les quartiers informels, le rejet des eaux usées se fait fréquemment « dans la nature », note Margot Oberlis, responsable santé publique à la Croix‑Rouge. En l’absence de collecte, ruissellements et infiltrations peuvent contaminer les nappes superficielles.
Alain Lemonnier, chef du pôle santé‑environnement à l’ARS de Guyane, souligne que le danger le plus fréquent est d’ordre bactérien: gastro‑entérites et autres troubles digestifs sont les manifestations cliniques observées lorsqu’une eau non traitée est consommée.
Un projet d’urgence : traiter l’eau à domicile
Face à ce constat, la Croix‑Rouge a lancé en 2025 le projet TED (Traitement de l’Eau à Domicile), cofinancé par l’ARS. L’objectif: donner aux ménages qui n’ont pas d’alternative simple des méthodes pour réduire le risque sanitaire.
Les équipes vont sur le terrain pour sensibiliser et démontrer des gestes simples. Les intervenants insistent sur la précision du protocole: une dose insuffisante est inefficace, une dose excessive rend l’eau désagréable.
- Filtration primaire : passage de l’eau à travers un linge pour retirer particules visibles.
- Désinfection : ajout, selon les consignes de la Croix‑Rouge, d’une quantité mesurée d’eau de Javel à 2,6 % pour inactiver les germes.
- Temps d’attente : respect d’un délai avant consommation pour que le traitement soit effectif.
Cette pédagogie vise autant à réduire les risques qu’à corriger une idée répandue: une eau claire n’est pas forcément potable. Le constat de la Croix‑Rouge est souvent le même — certains foyers ne réalisent aucun traitement avant de boire.
| Élément | Chiffres / Statut |
|---|---|
| Lancement du projet TED | 2025 |
| Foyers accompagnés (phase initiale) | 100 |
| Effet sanitaire rapporté | 50 % des participants ont déclaré moins d’épisodes diarrhéiques |
| Objectif | 300 foyers d’ici 2027 |
| Co‑financeur | ARS Guyane |
Les intervenants mettent en avant la simplicité et le faible coût du geste : la seule dépense pour les ménages est l’achat d’eau de Javel. Pourtant, les acteurs reconnaissent que ce type d’action reste un palliatif.
La gestion de l’eau et de l’assainissement relève, en France, des communes ou des structures intercommunales — une difficulté politique et administrative pour des quartiers comme Savane. La Croix‑Rouge travaille donc aussi avec les élus locaux pour transférer progressivement la responsabilité et pérenniser le dispositif.
À court terme, le projet TED apporte une réponse pragmatique et mesurable; à long terme, la solution passe par des investissements d’infrastructures et des décisions politiques. Pour les familles de Savane, chaque litre rendu plus sûr compte désormais autant que le débat institutionnel qui s’ouvre autour de l’accès à l’eau.
Avec AFP.
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