À un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde en Amérique du Nord, des climatologues et médecins lancent un avertissement : plusieurs rencontres risquent de se dérouler dans des conditions de chaleur et d’humidité dangereuses pour les joueurs et les spectateurs. La question n’est plus théorique — elle engage la sécurité sur le terrain et autour des stades cet été.
Des matchs programmés sous une chaleur qui n’épargne plus personne
Deux collectifs d’experts, dont le réseau d’analyse climatique World Weather Attribution (WWA) et une vingtaine de chercheurs signataires d’une lettre ouverte adressée à la Fifa, alertent sur l’intensité des épisodes chauds attendus entre le 11 juin et le 19 juillet, sur le territoire du Canada, des États‑Unis et du Mexique.
Les scientifiques ont évalué les 104 rencontres prévues dans seize enceintes et utilisent un indicateur particulier — le WBGT — qui combine température, humidité, irradiation solaire et couverture nuageuse pour estimer la difficulté pour le corps humain à se refroidir.
Selon leurs calculs, environ un quart des matches pourraient atteindre ou dépasser 26 °C en WBGT, seuil à partir duquel des dispositifs de refroidissement stricts sont requis. Un petit nombre d’affiches, évalué à environ cinq rencontres, dépasserait même 28 °C WBGT — un niveau que les syndicats de joueurs considèrent comme suffisamment dangereux pour envisager une interruption ou une annulation.
- Dates : 11 juin – 19 juillet
- Matches totaux : 104
- Stades : 16
- Équipes : 48
- Estimation des risques : ~26 matches ≥ 26 °C WBGT ; ~5 matches ≥ 28 °C WBGT
Stades et publics : des vulnérabilités différentes
Certains sites climatisés réduiront le danger pour les joueurs, mais les rassemblements extérieurs — fan zones, files d’attente, parcs de supporters — restent exposés et souvent moins protégés médicalement. Les scientifiques pointent des villes comme Miami, Kansas City et une enceinte du New Jersey (banlieue de New York) comme susceptibles d’accueillir des rencontres particulièrement périlleuses. Parmi elles, la rencontre France‑Sénégal du 16 juin est citée comme exemple de match à risque en plein jour.
Le collectif attire l’attention sur le fait qu’une température affichée modérée peut devenir intolérable dès lors que l’humidité s’ajoute : un WBGT élevé peut correspondre à des valeurs d’impression thermique bien supérieures à la température de l’air.
Des pauses « fraîcheur » insuffisantes selon les scientifiques
La Fifa a prévu deux arrêts de jeu de trois minutes durant chaque période — mesures inédites rendues systématiques pour ce tournoi. Mais les chercheurs jugent ces interruptions trop brèves pour permettre une récupération efficace : ils recommandent qu’elles soient portées au moins à six minutes pour favoriser la réhydratation et le refroidissement du corps, en particulier lors d’efforts intenses et intermittents.
Les signataires rappellent qu’au‑delà de 26 °C WBGT, même des sportifs entraînés peuvent perdre la capacité à maintenir leur équilibre thermique, ce qui augmente les risques de coup de chaleur et d’autres complications médicales.
Par ailleurs, les syndicats de joueurs estiment que le seuil de 28 °C WBGT justifie l’arrêt d’une rencontre pour protéger la santé des athlètes — un seuil qui, selon les chercheurs, est atteint presque deux fois plus souvent qu’en 1994, année de référence pour comparer l’évolution des conditions climatiques sur les États‑Unis.
Réactions et mesures envisagées
Face à ces alertes, le secrétaire exécutif de l’ONU pour le climat, Simon Stiell, a rappelé que le risque de vagues de chaleur a sensiblement augmenté depuis les années 1990 et appelé à accélérer la transition vers des énergies plus propres pour réduire ces dangers. Il a insisté sur la nécessité d’agir rapidement pour « protéger le sport et ses spectateurs ».
La Fifa, contactée, précise qu’elle suit en temps réel des indicateurs tels que le WBGT et l’indice de chaleur, et qu’elle est prête à déclencher ses protocoles de contingence si des épisodes extrêmes surviennent. L’organisation met en avant les systèmes de refroidissement disponibles dans certains stades et les dispositifs médicaux prévus, tout en assurant une surveillance constante des conditions.
- Mesures recommandées par les scientifiques :
- Allonger les pauses de trois à au moins six minutes
- Renforcer la présence médicale autour des stades et dans les fan zones
- Installer des zones ombragées et des points d’eau supplémentaires
- Surveiller le WBGT en continu et prévoir des plans d’annulation en cas de seuils critiques
La question posée par les chercheurs n’est pas seulement technique : elle interroge l’organisation même d’événements sportifs majeurs à l’heure du réchauffement climatique. Les décisions prises dans les prochaines semaines détermineront la sécurité des joueurs, des staffs et des millions de supporteurs présents en Amérique du Nord.
Sources : World Weather Attribution, collectif de chercheurs, syndicats de joueurs, déclarations publiques des autorités climatiques et de la Fifa.
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