Le Haut Conseil pour le climat demande au gouvernement une feuille de route opérationnelle pour sortir des énergies fossiles, en détaillant pour chaque secteur les étapes et les dates de sortie. L’urgence est rendue plus évidente par les tensions internationales qui font grimper les prix de l’énergie : sans calendrier clair et porté politiquement, la transition risque de rester théorique.
Dans un avis rendu public cette semaine, les experts du HCC évaluent la troisième version de la **Stratégie nationale bas carbone** (SNBC-3), publiée en décembre et encore en consultation. Leur constat : les objectifs sont ambitieux sur le papier, mais la traduction concrète en mesures sectorielles manque.
Des échéances connues, mais peu concrètes
La SNBC-3 fixe des repères temporels pour la fin des combustibles fossiles en France : la fin du charbon en 2030, celle du pétrole entre 2040 et 2045, et la sortie du gaz fossile à l’horizon 2050. Le HCC juge ces jalons nécessaires mais insufisamment « portés » par les pouvoirs publics, c’est‑à‑dire sans calendrier détaillé par filière ni feuille de route opérationnelle.
Selon Jean‑François Soussana, président du HCC, la répétition des « chocs pétroliers » rend d’autant plus pressante la nécessité d’un plan de sortie des fossiles. Le dernier épisode de hausse des cours, lié aux tensions au Moyen‑Orient, illustre la vulnérabilité de la France à ces fluctuations.
Réactions du gouvernement
Le cabinet de la ministre en charge de la transition écologique a assuré prendre en compte certaines préconisations, en citant la présentation récente d’un plan d’électrification comme exemple d’action en cours. Il a aussi indiqué que d’autres textes d’orientation, notamment la programmation pluriannuelle de l’énergie, seraient l’occasion d’affiner les mesures.
Reste la question du « portage politique » : pour le HCC, il ne suffit pas d’énoncer des dates, il faut les inscrire dans des trajectoires sectorielles claires et assorties de moyens pour être crédible et applicables.
- Feuille de route précise : décliner la sortie des fossiles par secteur avec étapes et responsabilités.
- Visibilité politique : affirmer publiquement les dates et les dispositifs d’accompagnement.
- Transports : clarifier les calendriers pour la fin du moteur thermique et la mobilité décarbonée.
- Aviation : limiter la croissance du trafic et évaluer la disponibilité de biomasse pour les SAF.
- Énergie : coordonner SNBC, programmation pluriannuelle de l’énergie et plans d’électrification.
Le HCC, créé en 2018, rassemble une douzaine d’experts indépendants chargés d’évaluer la politique climatique française et de formuler des recommandations. Dans son avis, il formule au total une vingtaine de propositions visant à rendre la SNBC-3 plus opérationnelle.
Au‑delà des dates, ce qui importe pour les entreprises, les collectivités et les ménages, ce sont les décisions concrètes : réglementations sectorielles, aides à la reconversion, investissements dans les infrastructures électriques et calendriers clairs pour les industriels. Sans ces éléments, les ambitions de neutralité carbone à l’horizon 2050 risquent de rester des intentions plutôt que des trajectoires réalisables.
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