Marseille a mis en service ce week-end une infrastructure permettant d’alimenter simultanément trois paquebots depuis le quai, une avancée destinée à réduire les nuisances locales et à présenter le port comme un pionnier français de l’électrification. Ce progrès, notable pour les riverains, laisse toutefois intacte une grande part des émissions globales liées à la croisière.
Lors de l’inauguration, le ministre des Transports a salué une « première nationale » qui vise à rendre le secteur plus respectueux de l’environnement tout en renforçant la capacité du pays à limiter sa dépendance aux énergies fossiles. Le dispositif permet à chaque bateau de recevoir jusqu’à 16 MW depuis le réseau portuaire — une puissance comparable à la consommation d’une ville d’environ 13 000 habitants — et d’arrêter ses moteurs auxiliaires lors des escales.
Le port de Marseille, première escale française pour la croisière, alimente ces bornes avec de l’électricité produite localement par des panneaux photovoltaïques : selon les autorités, l’énergie fournie est 100 % d’origine renouvelable. Le projet s’inscrit aussi dans un calendrier politique national qui a récemment prévu des mesures pour accélérer l’électrification des transports et du logement.
Un bénéfice sensible pour les riverains, limité sur le plan global
Des acteurs du secteur et des associations saluent l’amélioration de la qualité de l’air en escale : l’organisme AtmoSud estime que l’électrification des quais permettra de diminuer d’environ 28 % les émissions d’oxydes d’azote liées aux transports maritimes à Marseille. Pour les habitants proches des ports, l’effet se traduira par une réduction mesurable des fumées et des nuisances sonores.
Cependant, les spécialistes rappellent que cet avantage reste circonscrit à la période d’escale. Selon Transport & Environment, la connexion à quai n’intervient que sur une faible part des émissions totales d’un paquebot — de l’ordre de quelques pourcents — car les consommations liées à l’entrée, la sortie et la navigation en mer demeurent importantes.
Laurent Martens, représentant professionnel du secteur maritime, note que la possibilité de se brancher aide aussi les compagnies à améliorer leur image face à la critique publique. Pour le gouvernement, cette opération illustre par ailleurs un enjeu de souveraineté énergétique à l’heure où l’accès aux combustibles fossiles reste sensible.
Coûts, conditions d’usage et points de vigilance
L’équipement des quais et la mise aux normes ont demandé plus de deux ans de travaux et un budget global avoisinant 210 millions d’euros, financés par l’Union européenne, l’État et des collectivités locales. Côté navires, le coût moyen pour recevoir la connectivité électrique varie entre 500 000 et 1 million d’euros par bateau.
Plusieurs incertitudes subsistent : aujourd’hui rien n’oblige les armateurs à utiliser systématiquement ces branchements — certains continuent d’opter pour le diesel, parfois à un tarif préférentiel — et il faudra vérifier dans la durée le taux d’utilisation réel de ces installations.
- Capacité : 3 navires alimentés simultanément, 16 MW par navire.
- Production : électricité issue de panneaux photovoltaïques, revendiquée comme 100 % renouvelable.
- Fréquentation : le port reçoit environ 4 millions de passagers par an.
- Effets locaux : baisse estimée de 28 % des émissions de NOx à Marseille selon AtmoSud.
- Portée globale : réduction limitée des émissions totales des navires (quelques pourcents selon ONG spécialisées).
- Budget : ~210 millions d’euros d’investissements publics et européens ; 500 k€–1 M€ par retrofit de navire.
Le port souligne être en avance sur la réglementation européenne, qui prévoit d’ici 2030 l’obligation pour 90 % des escales de passagers et de porte-conteneurs d’avoir accès à l’électricité à quai. Pour que cette avance se traduise en bénéfices durables, les autorités devront suivre l’utilisation opérationnelle des bornes, encourager les armateurs à équiper leurs navires et évaluer l’impact sur l’ensemble du cycle de navigation.
Sur le plan politique et environnemental, la nouveauté marseillaise montre qu’il est possible d’atténuer les nuisances locales sans pour autant prétendre résoudre les émissions massives générées par la croisière. Le chantier suivant portera sur l’incitation réelle à l’usage de ces infrastructures et sur l’alignement des coûts pour que la transition soit effective.
AFP
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