Un nouvel ouvrage paru en janvier 2026 sonne l’alerte sur la manière dont la santé mentale est racontée au public : malgré une visibilité accrue, les attitudes positives reculent et les actions menées peinent à convertir l’attention en progrès réels. Mickaël Worms‑Ehrminger, médecin en santé publique spécialisé dans les troubles psychiatriques, propose des repères concrets pour repenser communication et pratiques.
Le livre dresse un bilan critique de la communication autour des troubles psychiques et avance des pistes pour faire évoluer les discours, les campagnes et les usages professionnels. L’enjeu : limiter la stigmatisation et favoriser des approches qui produisent des effets tangibles sur l’inclusion et le soin.
Un paradoxe : plus de visibilité, moins d’acceptation
Les observations présentées montrent une tendance préoccupante : la proportion de personnes considérant le handicap psychique comme acceptable a chuté, passant d’environ 36 % à 28 % sur les dernières années, alors même que le sujet est de plus en plus présent dans les médias et les politiques publiques — y compris dans le cadre de la « Grande cause nationale » de 2025.
Selon l’auteur, cette contradiction s’explique en partie par des mécanismes de narration et des pratiques communicationnelles qui brident le changement social : focalisation sur des récits catastrophistes, absence de récits de rétablissement crédibles, et dilution des responsabilités entre acteurs institutionnels, professionnels et associatifs.
Plutôt que de proposer des solutions idéologiques, l’auteur invite à adopter une position de critique pragmatique : évaluer ce qui fonctionne, corriger les effets pervers et privilégier des messages et des pratiques fondés sur des preuves.
Il distingue trois registres à prendre en compte pour toute stratégie de communication : les ressorts cognitifs (comment le public perçoit l’information), les ressorts affectifs (l’émotion suscitée par les récits) et les ressorts comportementaux (les actions induites ou freinées par le message).
- Clarifier le langage : éviter les formulations alarmistes et préciser les termes cliniques pour réduire les malentendus.
- Valoriser la trajectoire de rétablissement : multiplier les témoignages structurés montrant des perspectives et des ressources concrètes.
- Mesurer l’impact : systématiser l’évaluation des campagnes pour repérer effets indésirables et gains réels.
- Répartir les responsabilités : définir des rôles clairs entre institutions, médias et associations pour éviter la dilution.
- Former les professionnels : développer des compétences communicationnelles adaptées au champ de la santé mentale.
Ces recommandations sont pensées pour des publics variés : responsables de campagnes, journalistes, équipes de santé, décideurs locaux et associations. L’approche proposée vise à limiter les conséquences négatives d’une communication mal conduite, comme l’isolement des personnes concernées ou la réduction des chances d’accès aux soins.
Concrètement, l’auteur préconise des changements modestes mais systématiques — par exemple, intégrer des indicateurs d’évaluation dès la conception d’une campagne et associer durablement des personnes concernées à la construction des messages — plutôt que des opérations ponctuelles de sensibilisation dépourvues de suivi.
Détails pratique de l’ouvrage :
« Communiquer en santé mentale — Repères pour de nouvelles stratégies et pratiques », Mickaël Worms‑Ehrminger. Presses de l’EHESP, janvier 2026. 294 pages. Prix indicatif : version papier 24 €, version numérique 16,99 €.
À l’heure où les débats publics cherchent des solutions effectives pour améliorer la prise en charge et l’inclusion, ce livre apporte des outils opérationnels pour transformer la parole en changements durables. Son propos est d’autant plus utile qu’il relie analyses cliniques, sciences sociales et retours d’expérience terrain.
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