Alors que les entreprises affichent de plus en plus d’engagements environnementaux et sociaux, une large partie des salariés français semble décrochée : ignorance, scepticisme et manque d’outils freinent la traduction de ces engagements en actions concrètes au travail. Ce décalage prend de l’importance aujourd’hui, alors que la réglementation et les attentes sociales poussent davantage d’entreprises à se transformer.
Une enquête menée par la Chaire Impact Positif d’Audencia en partenariat avec l’ObSoCo, réalisée auprès de 1 090 actifs représentatifs, dresse un portrait contrasté de la situation : la diffusion des principes de RSE reste inégale et l’appropriation par les collaborateurs tarde à suivre.
Chiffres clés à retenir
- 43 % des personnes interrogées déclarent ne jamais avoir entendu parler de la responsabilité sociale des entreprises.
- 29 % se montrent réticents à l’idée que la RSE se développe au sein de leur employeur.
- Sur l’ensemble des salariés : 17 % se sentent engagés, 38 % adoptent une posture passive et 45 % se disent soit indifférents, soit opposés.
Comprendre le fossé entre intentions et mobilisation
Les résultats montrent que la difficulté n’est pas forcément un rejet massif de la transition, mais plutôt une forme d’attentisme : plus de la moitié des actifs (55 %) n’est pas hostile à l’idée d’une transformation, mais elle manque d’informations, de repères clairs et d’incitations pour agir.
Selon la responsable de la chaire, beaucoup de salariés perçoivent la RSE comme floue — ils ne savent pas s’il s’agit d’une contrainte administrative ou d’une opportunité concrète pour leur quotidien professionnel. Le manque d’accompagnement interne apparaît comme un frein majeur : sensibilisation, formation et outils opérationnels font défaut dans de nombreux établissements.
Les entreprises s’engagent… mais la progression reste hétérogène
Sur le front des entreprises, d’autres études indiquent une accélération des démarches durables. Le cabinet Goodwill-management note une hausse sensible du nombre de sociétés qui affichent un engagement fort en matière de RSE : chez les structures de dix salariés et plus, la part passe aujourd’hui à environ 8 %, contre seulement 1 % en 2018 — une multiplication par huit en six ans.
Cependant, ce mouvement ne garantit pas une appropriation interne automatique. Pour que les politiques RSE produisent des effets tangibles, elles doivent être traduites en pratiques managériales, objectifs opérationnels et incentives compréhensibles par les équipes.
Trois accélérateurs récents
Les auteurs des études identifient plusieurs facteurs qui ont contribué à cette dynamique :
- La crise du Covid-19, qui a renforcé la conscience des fragilités systémiques et des enjeux sociaux au sein des organisations.
- La multiplication d’événements climatiques et de ruptures de chaînes d’approvisionnement, rendant les risques environnementaux plus palpables pour les entreprises.
- L’entrée en vigueur progressive de la CSRD (directive européenne), qui étend le périmètre et le niveau d’exigence des obligations de reporting.
Qu’implique la CSRD pour les entreprises et les salariés ?
La nouvelle réglementation européenne réduit le seuil de taille des entités soumises au reporting RSE — le passage de 500 à 250 salariés — ce qui multiplie par cinq le nombre de structures concernées, selon les auteurs du rapport. Concrètement, davantage d’organisations devront établir des processus de collecte de données, publier des indicateurs normalisés et articuler une stratégie RSE formalisée.
Pour les employés, cela peut représenter une opportunité : la mise en place de dispositifs de reporting et de gouvernance crée des points d’ancrage pour la formation, la participation et la montée en compétences. À l’inverse, sans accompagnement, ces obligations risquent d’alourdir les processus sans générer d’adhésion réelle.
Ce que cela signifie pour les directions
La réussite de la transition ne dépend pas uniquement de la conformité réglementaire ou des ambitions déclarées. Elle repose sur la capacité des directions à intégrer les collaborateurs dans le mouvement — par des objectifs mesurables, des parcours de formation, et des signaux managériaux clairs.
Autrement dit : multiplier les engagements publics ne suffit pas. Il faut transformer ces engagements en actions compréhensibles et applicables au quotidien des équipes pour que la RSE cesse d’être un concept abstrait et devienne un levier opérationnel.
À court terme, les entreprises vont devoir combiner efforts de communication interne, simplification des démarches et dispositifs d’accompagnement pour éviter que la RSE reste perçue comme une contrainte lointaine plutôt qu’une opportunité partagée.
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