La pénurie d’infirmiers en Italie n’est plus cyclique : elle fragilise désormais l’accès aux soins et pèse lourd sur les comptes publics. En quelques années, le glissement vers l’intérim, les coopératives et l’exode vers l’étranger a transformé un manque de personnel en crise structurelle dont les conséquences se font sentir dès aujourd’hui.
Les chiffres donnent le ton : l’Ordre national des infirmiers recensait autour de 460 000 inscrits l’an dernier, soit environ 5,8 à 6,9 infirmiers pour 1 000 habitants — loin de la moyenne européenne estimée à 8,4 pour 1 000. Avec une population proche de 59 millions d’habitants, plusieurs enquêtes convergent vers un déficit massif : près de 65 000 postes non pourvus entre secteur public, privé et territorial.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Infirmiers inscrits (dernier recensement) | 460 000 |
| Infirmiers pour 1 000 habitants | 5,8–6,9 (Italie) vs 8,4 (UE) |
| Postes vacants estimés | ~65 000 |
| Coût estimé des intérims (2024) | 8,7 millions d’euros pour les régions (rapport public) |
| Déficit signalé du système de santé | Plus de 2,5 milliards d’euros au niveau national |
Des conditions de travail qui poussent au départ
Les causes sont connues : services surchargés, montée des agressions en milieu hospitalier et rémunérations considérées comme peu attractives. Dans le secteur public, le salaire net moyen tourne autour de 1 500 à 1 700 euros par mois, selon l’ancienneté et l’organisation du temps de travail. Les compléments (heures supplémentaires, indemnités) peuvent atténuer la facture, mais rarement compenser l’ensemble des contraintes.
Conséquence : certains soignants choisissent une reconversion ou partent travailler à l’étranger. D’autres préfèrent rester dans le soin tout en basculant vers des formules indépendantes — plateformes numériques ou coopératives — qui proposent plus de flexibilité et, souvent, de meilleurs revenus horaires.
Le marché des vacataires : flexibilité payante, risques visibles
Le phénomène des soignants rémunérés à la vacation s’est fortement développé. Appelés couramment «vacataires» ou, dans l’usage transalpin, parfois par un terme local, ces professionnels facturent leurs interventions : les tarifs horaires pratiqués varient généralement entre 25 et 28 euros selon la mission, la région et le niveau de spécialisation. Pour certains, la multiplication des vacations se traduit par des revenus nets mensuels pouvant atteindre 2 700 à 3 500 euros, nettement supérieurs à ceux des postes salariés traditionnels.
Mais cette externalisation a un coût. Les régions dépensent chaque année des sommes importantes pour répondre au manque de personnel permanent, et l’Agence nationale anti-corruption a chiffré à plusieurs millions la facture liée aux intérims en 2024.
- Pression budgétaire : augmentation des dépenses régionales pour compenser les absences et les départs.
- Qualité des soins : recours fréquent à des agents externes peut fragiliser la continuité et la coordination des prises en charge.
- Précarité : nombreux vacataires travaillent sans contrat stable, exposés à une insécurité professionnelle.
- Effet d’entraînement : l’écart de revenus incite d’autres personnels à quitter le salariat.
Encadrement légal et scandale public
Face aux dérives, le gouvernement a tenté de limiter les excès. Un texte adopté fin juillet 2025 fixe des critères stricts : l’appel à des professionnels externes doit rester exceptionnel, justifié par une impossibilité avérée de pourvoir un poste en interne.
Pourtant, ces règles n’ont pas empêché des affaires retentissantes. En décembre 2025, l’hôpital San Raffaele de Milan a été secoué par la démission collective de plusieurs infirmiers et par des signalements d’erreurs médicamenteuses imputées à des intervenants envoyés par une coopérative d’intérim. L’affaire a déclenché une enquête du parquet local et abouti à des remises en cause au sommet de la direction hospitalière.
Cet épisode a relancé le débat sur la formation spécifique des vacataires, le contrôle des coopératives et la nécessité d’un encadrement plus strict des missions extérieures.
La situation aujourd’hui et les enjeux pour 2026
Au début de 2026, les estimations parlent d’un manque structurel d’environ 70 000 infirmiers. Tant que les postes permanents resteront insuffisants et que les perspectives salariales n’évolueront pas significativement, le recours aux vacations et aux plateformes continuera d’être une soupape pour les établissements, malgré les contraintes budgétaires et les risques pour la sécurité des patients.
Pour les usagers, l’impact est concret : allongement des délais de prise en charge, fermetures temporaires de services, ou baisse de la continuité des soins. Pour les finances publiques, la substitution d’emplois salariés par des prestations facturées reste une source d’inflation des coûts sur des budgets régionaux déjà malmenés.
À court terme, les marges de manœuvre passent par un renforcement des recrutements, une revalorisation ciblée des salaires et des investissements dans la formation continue des intervenants externes. Sans ces mesures, la dépendance à l’intérim risque de se normaliser, au détriment de la qualité et de la soutenabilité du système de santé.
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