La généralisation des chimiothérapies à domicile accentue un risque parfois sous‑estimé : les accès veineux peuvent devenir des portes d’entrée pour des infections graves. Les données nationales récentes montrent que si la majorité des bactériémies liées aux soins survient à l’hôpital, une part significative se produit également à domicile, avec des conséquences directes pour les patients et pour la continuité des traitements.
Quels dispositifs sont le plus souvent impliqués ?
Les investigations menées par le Réseau de prévention des infections associées aux soins (Répias) indiquent que, parmi les bactériémies liées aux soins, une large proportion est associée à un dispositif intra‑vasculaire. À domicile, le profil des dispositifs incriminés est nettement dominé par les chambres à cathéter implantable, suivies des PICC et des cathéters centraux.
| Type de dispositif | Part des cas à domicile (approx.) |
|---|---|
| Chambre à cathéter implantable (CCI) | ≈ 52% |
| PICC (catéter veineux périphérique central) | ≈ 26% |
| Cathéter veineux central (CVC) | ≈ 13% |
| Autres | ≈ 9% |
Perception des soignants et contraintes du domicile
Les infirmiers libéraux interrogés estiment le risque infectieux global comme élevé, en particulier pour les soins sur CCI, Midlines ou PICC, et encore davantage chez les patients porteurs de bactéries multirésistantes. Ce sentiment s’explique.
À domicile, l’environnement n’offre pas toujours des conditions d’asepsie idéales : accès limité à de l’eau courante, absence de savon liquide ou de serviette propre, présence d’animaux, lits non médicalisés… Par ailleurs, l’absence de remboursement de certains antiseptiques complique la mise en œuvre de mesures simples mais essentielles.
Bonnes pratiques pour réduire le risque
Des gestes techniques et organisationnels précis permettent de limiter les complications. Les recommandations présentées lors du 7e forum régional des infirmiers libéraux d’Occitanie insistent sur quelques priorités opérationnelles.
- Optimiser la gestion des CCI : utiliser des aiguilles Huber sécurisées (gauge 20–22), réaliser une asepsie rigoureuse lors de la pose, enfoncer l’aiguille jusqu’au fond de la chambre sans forcer, ponctionner à angle droit et fixer l’aiguille par bandelettes stériles sous un pansement transparent. Changer le pansement au maximum tous les 7–8 jours (ou plus tôt si souillé).
- Sécuriser les PICC : connaître le type de valve (bidirectionnelle ou non) et appliquer un protocole strict pour la réfection du pansement — blouse à usage unique, masque, coiffe, gants stériles — et remplacer la valve proximale en même temps que le pansement tous les 7 jours. Les valves distales et les lignes de perfusion sont changées selon la durée d’utilisation (souvent tous les 4 jours pour une voie perfusée).
- Rinçage pulsé : systématique avant et après toute injection ou prélèvement — 10 mL de NaCl 0,9% en poussées successives est la norme minimale ; prévoir 20 mL pour des produits très visqueux (sang, lipides).
- Prélèvements sanguins : réservés aux patients à capital veineux réduit et à réaliser avec matériel à usage unique, après désinfection stricte de la valve et rinçage préalable et postérieur.
- Retrait des dispositifs : certains cathéters (PICC) peuvent être retirés à domicile sur prescription, si un médecin reste joignable ; en pratique beaucoup de patients retournent en établissement pour cette intervention, contrairement au Midline qui est souvent retiré plus facilement à domicile.
En complément des gestes techniques, deux points de vigilance transversaux ressortent :
- L’hygiène des mains : malgré les recommandations, la friction hydro‑alcoolique (FHA) est parfois négligée au profit d’un lavage des mains classique. À domicile, la FHA doit rester le réflexe systématique avant toute manipulation des lignes veineuses et après retrait des gants.
- La traçabilité : enregistrement des actes, des incidents et du suivi dans le dossier de soins et le carnet infirmier — documents qui manquent encore trop souvent au retour du patient à domicile.
Points techniques à retenir
Valves bidirectionnelles : elles ferment automatiquement à la déconnexion et permettent injection et aspiration. Leur usage limite l’exposition lors des manipulations, mais attention au montage en série qui peut réduire le débit. Selon le type de valve (flush positif ou neutre), la procédure de déconnexion diffère.
| Action | Préconisation |
|---|---|
| Rinçage avant/après | Au moins 10 mL NaCl 0,9% (20 mL si liquide visqueux) |
| Changement pansement/valve proximale | Tous les 7 jours (ou plus tôt si souillé) |
| Changement ligne/valve distale | Tous les 4 jours (lors d’une perfusion continue) |
Pourquoi cela compte aujourd’hui : avec l’essor des traitements à domicile et la pression sur les structures hospitalières, la prévention des infections liées aux dispositifs intra‑vasculaires est un enjeu de sécurité patient majeur. Des pratiques simples, une formation adaptée des infirmiers libéraux et une meilleure organisation du suivi peuvent réduire significativement les infections, les interruptions de traitements et les hospitalisations évitables.
Sources : Répias / Spiadi (étude nationale 2020), CPias Occitanie — interventions au 7e forum régional des infirmiers libéraux, recommandations SF2H (2019).
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