Une étude nationale publiée jeudi par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) alerte sur une hausse marquée de la mortalité « naturelle » des arbres en France entre 2015 et 2023. Ce phénomène, lié à l’accumulation d’anomalies climatiques saisonnières, prend une toute nouvelle dimension à l’heure où les vagues de chaleur exceptionnelles de 2026 risquent d’aggraver la situation.
Les chercheurs précisent qu’il s’agit du premier travail à l’échelle nationale quantifiant cette mortalité hors coupes, incendies ou tempêtes. Selon Agnès Pellissier-Tanon, coautrice de l’étude, les observations concordent avec les remontées du terrain et traduisent une évolution désormais mesurable.
En synthèse, l’étude, parue dans la revue Nature Communications, montre que, parmi les neufs essences les plus fréquentes, la mortalité naturelle a été multipliée par 1,5 à 4 entre 2015 et 2023, avec une accélération notable depuis 2020.
| Essence | Évolution observée | Remarque |
|---|---|---|
| Hêtre (Fagus sylvatica) | + de 100% entre 2019 et 2023 | Espèce répandue (≈ 9% des arbres en France) |
| Châtaignier (Castanea sativa) | Mortalité supérieure à 2,5% actuellement | Augmentation significative récente |
| Neuf essences dominantes (groupe) | Multiplication de 1,5 à 4× (2015–2023) | Variation selon régions et périodes |
Ce que disent les données et la méthode
Les auteurs ont utilisé plus de 500 000 relevés issus de l’Inventaire forestier national (IFN) et des algorithmes d’apprentissage automatique pour relier mortalité et conditions climatiques. Leur conclusion principale : ce n’est pas un seul événement extrême isolé qui explique la hausse, mais des combinaisons d’anomalies climatiques saisonnières répétées.
Un exemple contre-intuitif ressort de l’analyse : des printemps très humides, habituellement perçus comme favorables, peuvent affaiblir les arbres si ceux-ci rencontrent ensuite des étés secs. Un printemps qui stimule la feuille impose ensuite des besoins hydriques accrus — un handicap si l’été est déficitaire en eau.
Les hivers et printemps anormalement doux sont également pointés du doigt : ils facilitent la persistance de ravageurs et perturbent les cycles physiologiques des arbres, rendant certains sujets plus vulnérables.
Où le phénomène est le plus visible
Presque la moitié des 52 espèces analysées montrent une hausse statistiquement significative de mortalité. Les signes sont particulièrement nets dans des zones comme le Jura, les Vosges et une large partie du Grand Est, des régions où réchauffement et assèchement sont particulièrement marqués depuis les années 1980.
- Risque pour la biodiversité : disparition locale d’espèces hôtes, modification des habitats.
- Impact économique : perte de bois valorisable, tension sur les filières forestières.
- Incendies et services écosystémiques : arbres affaiblis augmentent la vulnérabilité aux feux et réduisent la capacité de stockage du carbone.
- Propagation des ravageurs : hivers plus doux favorisent la survie d’insectes nuisibles.
Les auteurs s’attendent à ce que les épisodes caniculaires de 2026 accélèrent ces tendances : une hausse supplémentaire de mortalité pourrait devenir visible dans l’année ou les deux années qui suivent, selon les scénarios climatiques et l’état initial des peuplements.
Pour les promeneurs et gestionnaires, un conseil simple : observez la canopée. La présence ou l’absence de feuilles en saison, la coloration prématurée ou la chute anormale du feuillage sont des signaux visibles de stress arboré.
En proposant une analyse fine fondée sur de larges séries d’inventaire et des méthodes statistiques modernes, le LSCE livre un diagnostic qui relie événements saisonniers cumulés et déclin des arbres — une donnée d’importance pour quiconque s’intéresse à la santé des forêts, à la gestion des risques et aux politiques d’adaptation face au changement climatique.
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