La Polynésie française voit l’obésité gagner du terrain : plus d’un adulte sur deux est désormais concerné, un basculement qui pèse sur la santé publique et les finances locales. Ce phénomène, en accélération depuis une décennie, pousse les autorités à repenser prévention, alimentation et organisation des soins.
Sur le front de mer de Papeete, des rameurs entraînés sortent encore leurs pirogues au coucher du soleil, mais ces silhouettes sportives sont de moins en moins représentatives. Dans les parcs, des adolescents s’exercent sous les barres, tandis que d’autres jeunes vivent déjà avec un fort excès de poids : un lycéen de 15 ans pèse 140 kg, son père atteignant 210 kg. Les conséquences sont visibles : limitations physiques, difficultés à se vêtir localement et stigmatisation sociale.
Un recul de santé rapide et coûteux
En 11 ans, la part d’adultes touchés par l’obésité est passée d’environ 40 % à 51 % dans cet archipel de plus de 100 îles étendu sur plus de 2 000 km. Cette progression favorise l’apparition de maladies chroniques comme le diabète ou les affections cardiovasculaires.

Sur le plan économique, plus de 46 000 personnes — près de 17 % des 280 000 habitants — sont en affection de longue durée, pour un coût estimé à 335 millions d’euros par an pour la sécurité sociale locale. La situation pousse le gouvernement polynésien à agir sur plusieurs leviers afin de freiner la hausse des dépenses de santé.
Quelles causes et quelles réponses ?
- Facteurs : transition alimentaire vers des produits transformés, sédentarité accrue, précarité et rupture des habitudes culinaires traditionnelles.
- Dimension culturelle : dans de nombreuses familles, un fort embonpoint reste perçu positivement, ce qui complique les efforts de prévention.
- Inégalités territoriales : les îles isolées manquent souvent d’infrastructures et de suivi médical adaptés.
- Mesures prévues : élaboration d’un plan de prévention pour 2026‑2031, promotion de produits locaux sains, fiscalité ciblée sur les aliments gras/sucrés/salés, et encouragement à l’activité physique en entreprise et à l’école.
Le ministère de la Santé met l’accent sur la nécessité d’inscrire la prévention dès le plus jeune âge : programmes scolaires, limitation des goûters sucrés et actions dans les « écoles en santé » sont annoncés comme priorités. Les autorités revendiquent aussi une approche prenant en compte l’environnement culturel de chacun.

Changer le regard, changer les pratiques
Des professionnels de santé locaux estiment que la composante génétique n’explique pas l’ampleur du phénomène. Ils parlent plutôt d’un « changement de comportement » lié à l’adoption d’habitudes alimentaires occidentales et à la diffusion d’addictions alimentaires — en particulier au sucre.
Des structures comme Ora Ora proposent des parcours de réadaptation des comportements alimentaires et d’activité physique ; les premiers résultats peuvent être rapides, mais maintenir les progrès sur le long terme demeure difficile. Les patients des zones reculées sont souvent privés d’un suivi régulier, ce qui fragilise la durabilité des interventions.
La hausse du poids moyen a même des conséquences pratiques : la compagnie inter-îles a commencé à peser les passagers, les contraintes d’atterrissage sur des pistes courtes étant sensibles aux variations de charge.
Pourquoi cela compte pour les habitants et l’État
Au-delà des souffrances individuelles, l’épidémie d’obésité menace la soutenabilité du système de soins et le budget social de la Polynésie. Réduire l’incidence des maladies chroniques revient à protéger l’autonomie des personnes, limiter les arrêts de travail prolongés et maîtriser les coûts publics.
Le défi est autant culturel que sanitaire : il faudra conjuguer actions systématiques (taxation, offre alimentaire, écoles, lieux de travail) et initiatives adaptées aux réalités insulaires pour espérer inverser la tendance.
Par la rédaction d’Infirmiers.com et l’AFP
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