Face à l’incidence croissante des cancers et à la complexité des facteurs en cause, des initiatives universitaires et des recherches récentes réorientent le regard vers l’environnement. À Aix‑Marseille, une formation dédiée aux origines environnementales des cancers met en pratique ce tournant et rappelle que mieux connaître les expositions change la prévention et la prise en charge.
Former les futurs oncologues : un virage pédagogique
Une demi‑journée de stage, organisée pour une trentaine d’internes en cancérologie à l’université d’Aix‑Marseille, a pour objectif d’intégrer les déterminants environnementaux au cursus clinique. Lancée par des acteurs de la santé environnementale, cette session vise à rendre systématique l’interrogatoire des expositions et à élargir le champ d’action des spécialistes au‑delà du seul traitement des tumeurs.

Sur le plan national, l’enseignement évolue aussi : depuis la rentrée 2023, un module intégré aux premières années de formation médicale aborde les liens entre santé humaine, changement climatique, biodiversité et pollutions, selon l’Uness. À l’échelle locale, l’accent est mis sur l’application de ces connaissances en oncologie.
Des facteurs environnementaux solidement identifiés
Pour certains agents, le lien avec le cancer est clair et documenté. En 2013, l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (CIRC) a qualifié la pollution de l’air extérieur de cancérogène pour l’humain, y compris pour les particules fines, établissant un lien robuste avec les cancers du poumon.

D’autres risques sont connus depuis longtemps : l’amiante et le radon — ce gaz radioactif naturel qui peut s’accumuler dans les habitations — figurent parmi les causes professionnelles ou domestiques identifiées. Des substances récentes, comme certains composés de la famille des PFAS, ont fait l’objet de classements plus récents : en 2023, le PFOA a été reconnu cancérogène pour l’homme et le PFOS classé comme « peut‑être cancérogène » par le CIRC.
Ce que les études récentes ajoutent
Les recherches poursuivent l’exploration d’effets plus subtils, notamment pour des cancers où la relation n’est pas encore totalement élucidée. Le projet français XENAIR, par exemple, a étudié les liens entre différentes pollutions atmosphériques et le cancer du sein, en comparant plusieurs milliers de cas à des témoins et en reconstituant les expositions à partir des adresses successives des patientes.
Les résultats, présentés récemment à des instances scientifiques, montrent des associations entre certaines expositions et un risque accru. Mais ces corrélations ne valent pas démonstration de causalité : l’ampleur réelle du risque dépend des niveaux d’exposition, de leurs combinaisons et d’autres facteurs individuels comme le tabac, l’âge ou la prédisposition génétique.
- Pollution de l’air : lien établi avec les cancers du poumon ; priorité aux réductions d’émissions.
- Amiante : responsable de mésothéliomes et d’autres cancers respiratoires, surtout en milieu professionnel.
- Radon : facteur de risque pulmonaire dans les bâtiments mal ventilés.
- PFAS : certains composés (PFOA, PFOS) classés par le CIRC ; effets dépendant de l’exposition.
- Expositions professionnelles et mixtures : fréquemment impliquées, difficiles à isoler sans historique précis.
Impacts concrets pour les médecins et les patients
Demander l’historique professionnel et les produits manipulés devient un acte clinique à part entière. Au Centre Léon Bérard (Lyon), une consultation dédiée aux cancers d’origine professionnelle existe depuis 2009 : elle aide au repérage, oriente vers des démarches de reconnaissance et accompagne les questions d’indemnisation.
La trajectoire du patient importe : un cancer peut se manifester des années, parfois des décennies, après une exposition. D’où l’intérêt d’une formation qui pousse les oncologues à documenter l’« exposome » du patient — domicile, lieu de travail, trajets et mélanges de substances respirées — et à proposer des bilans adaptés.
Prévention collective : au‑delà de la consultation
Réduire le fardeau des cancers liés à l’environnement nécessite des politiques publiques. Depuis son classement en 2013, le CIRC insiste sur la nécessité de diminuer les émissions liées aux transports, à l’industrie et au chauffage. Ces leviers ont un impact bien plus large que la seule activité médicale et exigent coordination entre santé, urbanisme et industrie.
Enfin, la recherche doit affiner ses méthodes : mieux mesurer les expositions cumulées, repérer les interactions entre substances et tenir compte des situations de vie variées permettra d’orienter des actions de prévention plus ciblées et plus efficaces.
Former les cliniciens, renforcer les consultations spécialisées et pousser les politiques publiques vers des réductions d’émissions restent des priorités si l’on veut diminuer, à long terme, la part évitable des cancers liés à l’environnement.
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