<pÀ six mois de la présidentielle, les syndicats infirmiers dressent un inventaire clair de leurs revendications : garantir l’accès aux soins, rendre la profession plus attractive et faire appliquer des lois déjà votées pour réduire la charge de travail et sécuriser les parcours de patients. Ces demandes, présentées comme des réponses directes à la crise des territoires et au malaise des soignants, pourraient peser dans le débat public.
Dans les rangs des infirmiers, qu’ils exercent en libéral ou en établissement, la tonalité est la même : il ne s’agit plus seulement de promesses, mais d’actions concrètes et chiffrées. Plusieurs organisations préparent des plateformes publiques pour défendre leurs priorités avant le scrutin.
Quelles mesures réclamées, concrètement ?
Les syndicats articulent leurs demandes autour de quelques axes prioritaires, qui visent à la fois les conditions d’exercice et la qualité de prise en charge des patients.

- Réduction de la charge administrative et simplification des procédures de cotation des actes, revendiquées par la fédération représentant les libéraux pour limiter le stress administratif.
- Accès renforcé aux services de santé au travail pour les professions libérales, un absent notable selon certains représentants.
- Obligation de formation préalable à l’installation en libéral proposée comme levier d’amélioration de la qualité et d’intégration territoriale.
- Mise en œuvre effective des ratios soignants-patients prévus par la loi du 29 janvier 2025, afin de réduire la charge de travail et d’améliorer la sécurité des soins.
- Revalorisation salariale et mesures compensatoires (indexation des indemnités kilométriques, filet pour le carburant) pour freiner l’exode et le turnover.
- Extension de l’accès direct et développement des consultations infirmières — notamment en santé mentale et perte d’autonomie — pour mieux utiliser les compétences existantes.
- Soutien à la mobilité professionnelle : aides à l’achat de véhicules électriques et ajustements conventionnels pour amortir les variations du prix du carburant.
Des conséquences claires pour les patients et les territoires
Les syndicats mettent en garde : le maintien d’équipes sous-dimensionnées affecte la sécurité des soins. À l’échelle européenne, les infirmiers français gèrent un volume de patients sensiblement supérieur à la moyenne, ce qui accroît le risque d’erreurs, allonge les durées d’hospitalisation et favorise les réadmissions.

Pour les représentants, l’application immédiate des normes de personnel prévues par la loi de janvier 2025 est une condition minimale pour inverser cette tendance. Ils l’estiment aussi cruciale pour limiter l’épuisement professionnel et préserver la capacité des équipes à assurer prévention, éducation thérapeutique et accompagnement des patients.
Attractivité : salaire, reconnaissance et sens du travail
Le deuxième axe majeur concerne le pouvoir d’achat et la reconnaissance professionnelle. Les syndicats rappellent que l’évolution de l’indice de la fonction publique n’a pas suivi l’inflation, ce qui se traduit par une perte réelle de revenu pour de nombreux soignants et alimente les départs.
En libéral, les propositions vont d’un mécanisme conventionnel d’ajustement des déplacements à des mesures de soutien au quotidien (aide à la transition vers des véhicules propres, par exemple). Les organisations insistent sur le lien direct entre conditions matérielles et fidélisation des équipes.
Déployer pleinement les compétences infirmières
Au-delà des questions de temps de travail et de rémunération, plusieurs syndicats réclament la mise en œuvre opérationnelle des compétences élargies accordées par la loi. Dans certains établissements et territoires, les consultations infirmières prévues restent théoriques ou trop limitées.
Les auteurs des demandes proposent d’élargir l’accès direct aux infirmiers dans des domaines comme la dépendance et l’autonomie, et de créer des consultations dédiées en santé mentale pour améliorer la détection précoce et l’orientation des patients. L’objectif : replacer l’infirmier au cœur des parcours de soins, avec davantage de responsabilités préventives et d’intervention en amont.
Plusieurs responsables syndicaux soulignent que ces mesures ne sont pas seulement techniques : elles touchent au sens du métier et à la sécurité ressentie par les soignants, en particulier ceux qui travaillent isolés en libéral.
À moins de six mois du rendez-vous présidentiel, ces propositions pourraient devenir des éléments de discussion importants dans les programmes. Pour les syndicats, l’enjeu est double : améliorer les conditions de travail pour retenir les professionnels et garantir un maillage territorial suffisant pour tous les patients — sans quoi la désaffection des territoires pourrait se traduire par des conséquences politiques lourdes.
Laure Martin
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