La surface boisée française continue de croître, mais sa santé se dégrade nettement : un rapport de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) pour 2016-2024 montre une multiplication par 2,5 de la mortalité des arbres sur les deux dernières décennies. Ce constat prend une portée particulière à la veille des étés récents marqués par des canicules et sécheresses extrêmes, événements encore non intégrés dans l’étude.
Climat et agents pathogènes : un cocktail aggravant
L’IGN met en avant la combinaison de stress climatiques répétés et de pressions biologiques comme explication principale. Les vagues de chaleur et les épisodes secs affaiblissent les arbres, les rendant plus sensibles aux maladies et aux insectes xylophages, notamment les scolytes.

Plusieurs espèces sont touchées, mais les mécanismes varient : certains arbres succombent à des maladies spécifiques, d’autres cèdent sous l’effet de la répétition des sécheresses ou d’autres aléas climatiques. Le phénomène est observable sur une grande partie du territoire, avec des zones comme le Nord-Est qui présentent une proportion plus élevée d’arbres en mauvais état.
Ce que disent les chiffres
Les données de l’Inventaire forestier national compilées par l’IGN donnent une image contrastée : surface en hausse, mais bilan sanitaire qui se dégrade.
- Surface forestière : 17,7 millions d’hectares en métropole, soit près d’un tiers du territoire.
- Mortalité annuelle moyenne : 18,1 millions de m³ par an sur 2016–2024, contre 7,4 millions de m³ sur 2005–2013 (multiplication par ~2,5).
- Part du volume vivant : la mortalité représente en moyenne 0,6% du volume total de bois sur pied.
- Extension des surfaces : environ +100 000 hectares par an en moyenne sur les quinze dernières années.
- Arbres en mauvais état : près de 9% des arbres évalués présentent une dégradation notable, surtout dans certaines régions.
Impacts sur la production et le rôle climatique
La dégradation sanitaire a des conséquences directes : la croissance annuelle totale des arbres — la production biologique — a reculé d’environ 8% sur la dernière décennie par rapport à 2005–2013. Moins de bois pousse, ce qui affecte les filières forestières et l’approvisionnement en matière première.

Plus alarmant pour la trajectoire climatique : la capacité des forêts françaises à retenir le carbone s’est affaiblie. Le puits forestier est estimé à 39 millions de tonnes de CO₂ absorbées par an en moyenne sur 2016–2024, contre 63 millions de tonnes sur 2005–2013, soit une baisse d’environ 38%. L’IGN note toutefois que cette tendance semble se stabiliser récemment.
Conséquences pratiques et perspectives
Pour les gestionnaires, cette double réalité — plus d’arbres mais plus fragiles — pose des choix difficiles : adapter les pratiques sylvicoles, diversifier les essences, renforcer la surveillance sanitaire et intégrer l’incertitude climatique dans les plans de gestion.
Au niveau national, la faiblesse accrue du puits forestier complique les efforts de réduction des émissions et la stratégie de neutralité carbone. Les acteurs économiques (industrie du bois, gestionnaires, collectivités) devront anticiper des fluctuations d’offre et des besoins d’investissement pour la résilience des forêts.
Enfin, l’IGN souligne une limite importante de son bilan : les épisodes extrêmes de l’été 2026 — canicules, incendies, sécheresse historique — n’entrent pas dans les chiffres présentés. Leur impact réel sur la mortalité et le stock de carbone n’apparaîtra que dans les prochaines évaluations.
Source : Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), communiqué; synthèse réalisée à partir des données publiées et d’éléments diffusés par l’AFP.
Articles similaires
- Puits de carbone en forte baisse en France: Canopée sonne l’alerte
- Arbres en France: pertes massives signalent un déclin préoccupant en moins de dix ans
- Forestiers visés par agressions: les préjugés alimentent une montée de la colère
- Réserves biologiques en France: neuf zones forestières protégées, la plus vaste en Guyane
- Paulownia sous la loupe: atout contre le réchauffement ou piège économique?










