Le projet d’enfouissement profond de déchets nucléaires, connu sous le nom de Cigéo, a reçu un avis favorable à l’issue de l’enquête publique menée cet été, une étape clé vers une éventuelle autorisation gouvernementale. Ce feu vert conditionnel relance le débat sur la sûreté, le financement et les garanties demandées par les élus et les opposants locaux.
Un avis positif, mais encadré
La commission d’enquête a rendu en août un avis globalement favorable, assorti de **deux réserves** et **deux recommandations**. Ces prescriptions visent notamment à renforcer le contrôle parlementaire sur la phase industrielle pilote et à préciser des jalons sur la réversibilité du site.
Les auteurs insistent sur la nécessité d’encadrer la durée et l’emprise spatiale de la phase pilote, ainsi que d’organiser des points de suivi clairs pour vérifier la capacité à reprendre des colis si besoin. Ils demandent aussi que la question de la fiscalité locale soit tranchée avant toute signature du décret autorisant la création.
Le projet en chiffres et en calendrier
Cigéo prévoit l’enfouissement, à environ 500 m de profondeur, de quelque 83 000 m3 de déchets produits par les centrales électronucléaires. L’exploitation industrielle n’est pas attendue avant 2050, avec une phase pilote intermédiaire destinée à valider les procédés.

Au total, l’enquête publique a recueilli 3 166 contributions, issues d’acteurs locaux et nationaux, détaillant un large éventail de préoccupations : sécurité, impact territorial, aspects financiers, et garanties sur le long terme.
Coût, financement et garanties
Le coût estimé du projet a été réévalué : l’État chiffre désormais l’opération à **33,36 milliards d’euros**, contre 25 milliards en 2016. La commission juge que le mécanisme prévu, qui fait peser l’effort financier sur les **producteurs de déchets**, offre des garanties et limite l’intervention directe de l’État. Elle souligne toutefois que certains postes restent non sécurisés, comme les aléas, la récupération éventuelle des colis et la surveillance après fermeture.
La demande d’autorisation déposée par **l’Andra** en janvier 2023 ne suffit pas à entériner le projet : plusieurs étapes administratives et techniques restent à franchir, et la phase pilote devra se dérouler sous le contrôle de l’**Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR)**.

Oppositions et inquiétudes
Associations locales et collectifs écologistes maintiennent une forte contestation. Pour leurs représentants, l’avis favorable n’efface pas les lacunes techniques et les incertitudes soulevées tout au long de l’enquête. Ils dénoncent une décision qui, selon eux, pourrait ouvrir la voie à un chantier de grande ampleur sans garanties suffisantes sur la sûreté à très long terme.
La commission, à l’inverse, considère que les points soulevés peuvent être traités pendant la phase industrielle pilote, sous surveillance réglementaire. Le désaccord entre experts, autorités et opposants laisse entrevoir des débats judiciaires et politiques à venir.
- Calendrier : phase pilote avant 2050, exploitation envisagée après validation.
- Sûreté : contrôles renforcés demandés sur la réversibilité et la surveillance post-fermeture.
- Financement : coût réévalué à 33,36 milliards d’euros ; financé par les producteurs de déchets.
- Gouvernance : demande d’un rôle plus net du Parlement dans le suivi industriel.
- Opposition : associations et collectifs dénoncent des garanties insuffisantes.
Ce qui vient maintenant
L’avis de la commission marque une avancée importante, mais il n’entraîne pas automatiquement l’ouverture du chantier. Le dossier doit être examiné par l’exécutif, complété sur certains points techniques et fiscaux, puis éventuellement validé par décret. La phase pilote, et les conditions posées par les autorités de sûreté, seront déterminantes pour la suite.
Pour les habitants des territoires concernés et les élus locaux, les prochaines décisions administratives et législatives auront des conséquences concrètes : emplois et recettes fiscales d’un côté, mais aussi risques perçus et questions de sécurité à très long terme de l’autre.
Avec AFP
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