Catherine Ringer n’était pas seulement une voix emblématique de la pop française : jusqu’à ses derniers mois, elle a mis son célébrité au service de la défense d’espaces naturels proches de son domicile en Seine-Saint-Denis. Son engagement local, discret mais tenace, interroge aujourd’hui la place des habitants dans les choix d’aménagement urbain et les batailles pour le maintien des arbres en ville.
Artiste majeure, coautrice avec Fred Chichin d’un répertoire devenu classique, Ringer a continué de se produire en solo tout en prêtant sa notoriété à des causes de quartier. La chanteuse est décédée dans la nuit du 14 au 15 septembre à l’âge de 68 ans.
Une présence régulière sur des luttes de proximité
Habitante des Lilas depuis plusieurs années, elle fréquentait les bois et les friches alentour. Plutôt que d’intervenir depuis de grandes tribunes, elle multipliait les gestes concrets : signatures, présences sur des sites occupés, et soutien aux collectifs d’habitants mobilisés contre des projets d’aménagement jugés destructeurs pour la nature locale.

En octobre 2018, elle rejoint des militants sur le chantier de la Corniche des Forts, à Romainville. Sur l’emplacement d’une ancienne carrière aujourd’hui boisé, la Région Île-de-France envisageait un vaste projet de loisirs. Les opposants dénonçaient la coupe d’une partie du site et la disparition d’un couvert végétal spontané formé depuis des décennies.
Ringer expliquait régulièrement que ces lieux jouaient un rôle sanitaire et climatique : ils rafraîchissaient l’air, filtr(ai)ent les sols et offraient une respiration dans un territoire urbain dense. Pour elle, la question dépassait l’esthétique : c’était un enjeu concret face au réchauffement climatique.
Procès et acquittement : une mobilisation qui a tenu la barre
La participation de la chanteuse à l’occupation de la Corniche l’a conduite, en novembre 2020, devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Avec deux autres personnes, elle était poursuivie pour avoir, selon l’accusation, franchi une clôture. La collectivité réclamait près de 300 000 euros de réparations.
Ringer a nié avoir coupé le grillage mais n’a pas renié sa présence sur le site, affirmant devant la cour agir « par devoir citoyen ». Les prévenues ont finalement été relaxées pour insuffisance de preuves. La décision judiciaire n’a toutefois pas stoppé le chantier : une promenade écologique a été inaugurée en 2021 le long d’un bois longé de vingt hectares, un espace présenté ensuite comme sanctuarisé par la Région.
- Octobre 2018 — occupation de la Corniche des Forts (Romainville) contre un projet d’aménagement.
- Novembre 2020 — procès à Bobigny, relaxe des prévenues.
- 2021 — ouverture d’une promenade écologique le long du bois (20 ha).
- Juillet 2022 — mobilisation à Bagnolet pour la Bergerie des Malassis menacée par la reconstruction de l’école Pêche‑d’Or.
- 2025 — réouverture de l’école ; la bergerie survit mais réduite à 478 m² (contre 2 500 m² auparavant), et son cheptel limité.
Bagnolet : une sauvegarde partielle
En 2022, un projet de reconstruction de l’école maternelle Pêche‑d’Or à Bagnolet mettait en péril une bergerie collective et une trentaine d’arbres adultes situés sur le terrain des Malassis. Catherine Ringer, voisine et participante active, a rejoint les riverains pour réclamer des solutions moins destructrices.

La bergerie a finalement été déplacée de quelques dizaines de mètres pour permettre la construction de l’école, qui devait rouvrir à la rentrée 2025. Mais la structure associative a perdu une grande partie de sa surface et de son cheptel : en mars 2025 elle occupait 478 m² au lieu de 2 500 m² et comptait 14 chèvres, contre une quarantaine auparavant — une continuation d’activité, mais sur une base amenuisée.
Ces épisodes montrent que la médiatisation apportée par une personnalité ne garantit pas toujours l’annulation d’un projet, mais peut influer sur son aménagement et éviter des pertes plus importantes.
Une artiste de scène, citoyenne du territoire
Si Catherine Ringer restera dans les mémoires pour ses costumes, sa voix et son duo avec Fred Chichin, une part moins visible de son parcours était consacrée à ces combats de quartier. Plutôt que d’être une simple figure symbolique, elle a souvent été présente sur le terrain, aux côtés des collectifs locaux.
Son action illustre une réalité plus large : la sauvegarde des espaces verts urbains se joue autant dans les bureaux d’études et les conseils régionaux que dans les petites mobilisations citoyennes où s’expriment les usages quotidiens — promenade, jeux, agriculture urbaine, rencontres.
Pour les habitants d’Île‑de‑France et au‑delà, ces luttes posent des questions concrètes : comment concilier besoins d’équipement et préservation du vivant ? Quelle place donner aux voix locales dans les projets d’aménagement ?
En montrant l’exemple, Catherine Ringer a rappelé que la défense des arbres et des lieux de vie confiés à la proximité est aussi une manière d’agir face aux défis climatiques et à l’érosion du lien social en milieu urbain.
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