Une vaste étude française publiée le 21 juillet dans The Lancet Infectious Diseases montre qu’un anticorps monoclonal utilisé contre le virus respiratoire syncytial (VRS) chez les nourrissons pourrait aussi réduire le nombre d’infections invasives à pneumocoque. À l’heure où la prévention du VRS se généralise, cette observation soulève des questions concrètes pour la santé infantile et la stratégie vaccinale.
Les chercheurs, dirigés par le Dr Inès Fafi et le Pr Naïm Ouldali (AP‑HP / Inserm), ont exploité les registres nationaux pour suivre tous les enfants nés en France entre le 6 février 2023 et le 31 janvier 2024 dont le statut vis‑à‑vis du traitement était connu. Au total, l’analyse porte sur 527 971 enfants, dont 119 435 ayant reçu l’anticorps monoclonal commercialisé sous le nom de Beyfortus (nirsevimab).
Une baisse statistique des infections invasives
Sur les six mois suivant l’administration, les auteurs ont repéré 112 cas d’infections invasives à pneumocoque. Parmi les nourrissons traités par nirsevimab, on compte 17 cas — soit un taux de 14,2 pour 100 000 — contre 95 cas dans le groupe non traité, correspondant à 23,3 pour 100 000.

Après ajustement pour les différences de population et les facteurs confondants, l’immunisation par nirsevimab est associée à une réduction du risque d’infection invasive à pneumocoque de l’ordre de **36 %** à six mois, et d’environ **34 %** à neuf mois, indiquent les auteurs. Il s’agit d’un effet observé dans cette cohorte nationale, et non d’une preuve de causalité directe.
Ce que cela change — et ce qui reste incertain
Les infections invasives à pneumocoque restent une cause majeure de morbidité pédiatrique malgré la vaccination systématique des nourrissons contre les pneumocoques, en place en France depuis le 1er janvier 2018. Les épisodes de VRS ont déjà été suspectés d’ouvrir la voie à des surinfections bactériennes, ce qui pourrait expliquer un lien entre la prévention du VRS et la diminution des cas de pneumocoque.
Cependant, il faut rester prudent : l’étude est observationnelle. Les auteurs ne peuvent exclure entièrement d’autres explications (modifications des comportements, circulation virale différente selon les saisons, facteurs socio‑démographiques non mesurés…). Des travaux complémentaires sont nécessaires pour confirmer un effet direct et en préciser les mécanismes biologiques.
| Indicateur | Chiffres |
|---|---|
| Population incluse | 527 971 enfants nés entre fév. 2023 et janv. 2024 |
| Enfants ayant reçu nirsevimab (Beyfortus) | 119 435 |
| Cas d’infection invasive à pneumocoque (6 mois) | 112 au total — 17 chez les vaccinés |
| Taux chez les vaccinés | 14,2 pour 100 000 |
| Taux chez les non‑vaccinés | 23,3 pour 100 000 |
| Réduction du risque (après ajustement) | ≈ 36 % à 6 mois ; ≈ 34 % à 9 mois |
- Contexte immédiat : Beyfortus est déployé depuis septembre 2023 pour prévenir la bronchiolite liée au VRS.
- Conséquence pratique : si l’effet est confirmé, la prévention du VRS pourrait indirectement diminuer la charge des infections pneumococciques chez les très jeunes enfants.
- Limite essentielle : design observationnel — la corrélation ne vaut pas preuve de causalité.
Précédemment, une autre étude (The Lancet Child & Adolescent Health, mai 2025) avait montré que nirsevimab réduisait de 83 % le risque d’hospitalisation liée au VRS chez les enfants de moins de 12 mois, confirmant l’efficacité du produit contre le virus. Le nouveau travail étend donc la discussion aux effets indirects possible sur des infections bactériennes.
Pour les praticiens et les autorités sanitaires, ces résultats invitent à approfondir l’évaluation des bénéfices marginaux des interventions antivirales en population pédiatrique et à surveiller l’impact global sur les maladies infantiles au cours des prochaines saisons.
Article basé sur l’étude « Effectiveness of nirsevimab immunisation on invasive pneumococcal disease in children nationwide in France: an observational cohort study », publiée dans The Lancet Infectious Diseases le 21 juillet.
Par la rédaction
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