Une étude parue mercredi révèle que, dans la majorité des aires marines protégées étudiées, l’effort de pêche a augmenté plutôt que diminué, remettant en cause l’efficacité de la protection marine à l’heure où la communauté internationale s’efforce d’atteindre l’objectif « 30 % des océans protégés » d’ici 2030. Ces résultats, contemporains du sommet mondial sur la biodiversité (COP17, 19-30 octobre), posent une question simple et pressante : protéger plus ne suffit pas si les zones choisies et les règles appliquées n’empêchent pas la pêche industrielle.
Les chercheurs, dont Joachim Claudet du CNRS, ont croisé les limites cartographiées des aires marines protégées (AMP) avec les données de suivi des navires publiées par Global Fishing Watch. L’analyse porte sur 861 AMP à l’échelle mondiale et couvre la période 2012–2024.

Plutôt que d’observer une baisse généralisée de la pression de pêche à l’intérieur des zones protégées, l’équipe note une tendance inverse pour la majorité d’entre elles. Les explications évoquées mêlent choix d’emplacement des AMP et niveaux de protection réels — souvent limités — qui laissent la place à la pêche industrielle.
Les chiffres clés de l’étude :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Aires marines protégées analysées | 861 |
| Période d’observation | 2012–2024 |
| % d’AMP où l’effort de pêche a augmenté | 58 % |
| % d’AMP où l’effort de pêche a diminué | 40 % |
| % d’AMP sans changement | 2 % |
| Total d’AMP recensées mondialement (source : Protected Planet) | 17 227, couvrant ~9,82 % des océans |
Un point saillant : les zones dites de protection intégrale — où la pêche est interdite — montrent une baisse de l’activité de pêche, mais ces zones ont souvent été établies dans des secteurs déjà peu fréquentés par la flotte industrielle. Autrement dit, la baisse observée tient parfois davantage au choix du site qu’à une réelle réduction des pressions humaines.

Cette constatation alimente un débat concret pour les décideurs : faut-il se contenter d’augmenter la surface protégée, ou bien prioriser des zones où la protection entraînera un bénéfice réel pour la biodiversité ?
Les auteurs insistent sur la nécessité d’aller au-delà du seul indicateur de couverture (pourcentage des océans protégés) et de prendre en compte la localisation, le niveau de restriction et l’application des règles. Sans ces conditions, la création d’AMP risque de devenir un objectif formel sans retombée tangible pour les écosystèmes marins.
Pour les gestionnaires et les négociateurs réunis à la COP17, ces conclusions traduisent un impératif opérationnel : améliorer la conception des AMP, renforcer leur mise en œuvre et favoriser la surveillance des activités maritimes, afin que la protection se traduise réellement par moins de pression sur la faune et les habitats marins.
Les travaux sont publiés dans la revue Science Advances et relayés par l’AFP; ils reposent sur l’analyse des trajectoires de navires fournie par Global Fishing Watch et la cartographie des AMP.
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