L’Anses alerte : l’alimentation reste la première source d’exposition des Français au cadmium, métal toxique accumulatif. Dans un avis rendu public cette semaine, l’agence estime que, sans mesures, une part importante de la population risque de subir à terme des conséquences sanitaires.
Le cadmium est présent naturellement, mais l’activité humaine en augmente les niveaux dans l’environnement. À dose cumulée, il est associé à des troubles rénaux, osseux, des risques pour la reproduction et un potentiel cancérogène. L’Anses a mesuré, pour la première fois, l’exposition globale des Français à travers la vie et souligne des niveaux préoccupants dès le plus jeune âge.
Une exposition principalement liée à l’alimentation
Pour les non‑fumeurs, jusqu’à 98 % de l’imprégnation provient de l’alimentation ; les fumeurs ajoutent à cela une voie respiratoire par le tabac. En 2025, près de la moitié des Français dépasseraient les valeurs sanitaires de référence retenues par l’agence, qui insiste sur la nature cumulative de la toxicité du cadmium.
Les aliments les plus contributifs sont majoritairement des produits céréaliers et certaines préparations à base de blé, ainsi que des tubercules et légumes. Le chocolat, souvent pointé du doigt, apparaît en réalité comme un contributeur secondaire : sa teneur est élevée, mais il est consommé en moindre quantité que les céréales industrielles.
- Produits céréaliers (céréales du petit‑déjeuner, pains, viennoiseries, pâtisseries, biscuits) : principaux contributeurs.
- Pâtes, riz, blé et autres dérivés.
- Pommes de terre et certains légumes.
- Chocolat : concentration plus forte mais impact global limité par le volume consommé.
Où intervenir pour réduire l’exposition
L’Anses rappelle que la solution la plus durable est d’agir en amont, là où le cadmium entre dans la chaîne alimentaire. Elle vise en particulier les pratiques agricoles et la composition des fertilisants.
Parmi les mesures recommandées figurent :
- Limiter la teneur en cadmium des engrais minéraux phosphatés épandus sur les terres agricoles : l’agence propose de ramener la limite à 20 mg/kg, contre 90 mg/kg actuellement en France et 60 mg/kg au niveau de l’Union européenne.
- Privilégier des sources de roche phosphatée à plus faible teneur en cadmium lors de la fabrication d’engrais.
- Adapter les apports d’engrais aux besoins des sols et des cultures, et mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols.
- Promouvoir des variétés végétales moins aptes à accumuler le cadmium, notamment pour le blé.
- Renforcer la surveillance des teneurs en cadmium dans les fertilisants via une base de données nationale.
Conséquences et limites des connaissances
Les experts notent des lacunes : certaines voies d’exposition n’ont pas pu être quantifiées faute de données robustes (tabagisme passif, certains cosmétiques, expositions professionnelles spécifiques). Malgré ces incertitudes, l’Anses avertit qu’en l’absence d’actions collectives, les effets sanitaires liés au cadmium deviendront plus fréquents au sein de la population.
Sur le plan réglementaire et industriel, un défi supplémentaire tient au fait que les engrais phosphatés sont souvent produits à partir de roches extraites hors de France, dont la composition varie et peut contenir des taux élevés de cadmium.
Que peuvent faire les individus ?
Les mesures individuelles sont secondaires mais utiles à court terme. Les autorités conseillent de diversifier son alimentation pour ne pas concentrer l’exposition sur quelques catégories d’aliments. À titre pratique, il est suggéré de limiter la consommation de produits sucrés et salés industriels à base de blé (céréales pour petit‑déjeuner, biscuits, gâteaux) et de favoriser, par exemple, les légumineuses comme source de protéines.
Enfin, l’agence rappelle que toute action publique pour diminuer l’exposition bénéficie à l’ensemble de la population et vise à prévenir des dommages qui, accumulés, peuvent devenir irréversibles.
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