Un travail de l’équipe VALORIS de l’EHESP, présenté lors d’un webinaire de la Fondation MNH, propose pour la première fois une évaluation monétaire et qualitative des conséquences de l’absentéisme et du présentéisme dans les établissements de santé. Cette approche, tournée vers l’employeur, change la manière de chiffrer l’impact sur les budgets et la sécurité des patients.
Une lecture nouvelle : mesurer le coût pour l’employeur
Plutôt que d’analyser l’absentéisme du seul point de vue du salarié, les chercheurs ont conçu une méthode qui estime la perte de production et la dégradation de la qualité des soins subies par l’établissement. Les pertes financières ne se limitent pas au salaire non versé : elles intègrent aussi la baisse de rendement, les réorganisations temporaires et les risques additionnels pour les patients.
Lors du webinaire, le Pr Nicolas Sirven (EHESP), Émilie Chen (ingénieure d’étude) et Catherine Raffray (cadre de santé au CHU de Rennes) ont illustré, à partir de situations de terrain, comment une absence non anticipée ou un personnel en sous-effectif se traduisent concrètement par des coûts et des tensions organisationnelles.
Méthode et terrain : un questionnaire adapté et testé
Pour quantifier ces effets, l’équipe a adapté un questionnaire inspiré d’une étude suédoise, l’a testé auprès de médecins et cadres, puis l’a déployé en janvier 2025. La version finale cible l’organisation du service, les modalités de production et l’impact de l’absentéisme et du présentéisme sur l’activité.
Sur les 689 réponses recueillies — issues principalement d’unités de chirurgie hors cardiologie — les répondants ont évalué les conséquences pour des professions identifiées (IDE, aides-soignants, etc.) en se fondant sur les informations issues du PMSI.
Un outil qui transforme des jours perdus en coûts réels
L’algorithme mis au point convertit d’abord les jours d’absence en perte salariale, puis applique un coefficient multiplicateur pour intégrer la diminution de productivité et la dégradation de la qualité des soins. Le dispositif évalue aussi l’impact du présentéisme — ces agents qui viennent travailler malgré la maladie — sur la performance du service.
Pour donner un ordre de grandeur : l’étude prend l’exemple d’une absence d’un infirmier de 100 jours. Le coût direct en salaire serait d’environ 16 000 €, tandis que, une fois appliqués les coefficients de perte en quantité et en qualité, la charge pour l’établissement atteindrait près de 46 000 €. L’ajout des effets du présentéisme fait encore croître ce montant.
Cela explique pourquoi, selon les auteurs, investir dans la prévention des risques professionnels et dans la qualité de vie au travail n’est pas seulement une démarche sociale, mais aussi une logique d’« investissement » pour préserver budgets et sécurité des soins.
- Ce que mesure l’outil : jours d’absence, perte salariale, réduction de productivité, impact sur la sécurité et la qualité des soins.
- Constat opérationnel : la gestion des remplacements et l’impossibilité ponctuelle d’augmenter les heures (contraintes budgétaires ou réglementaires) amplifient le coût réel.
- Implication financière : les coûts effectifs peuvent être 2 à 3 fois supérieurs au seul salaire perdu, selon les coefficients appliqués.
- Perspective : la méthode a vocation à être étendue au secteur médico-social pour mieux mesurer l’impact à l’échelle des établissements.
Les porteurs de l’étude ont partagé leurs résultats avec des praticiens et managers durant le webinaire et ont publié un guide méthodologique pour faciliter l’appropriation du dispositif par les services. Les équipes de direction et ressources humaines sont encouragées à intégrer ces évaluations dans leurs bilans et plans de prévention.
À court terme, la démarche ouvre plusieurs pistes : prioriser la QVT comme levier de maîtrise des coûts, adapter les plannings et les politiques de remplacement, et utiliser des indicateurs nouveaux pour piloter la sécurité des soins. À plus long terme, une généralisation de l’outil permettrait d’affiner les politiques publiques en matière de ressources humaines hospitalières et médico-sociales.
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