En pleine saison nautique, les herbiers de posidonie au large de Porquerolles restent sous pression : ancres mal placées et chaînes raclant le fond continuent d’endommager ces prairies sous-marines essentielles. Les contrôles se multiplient, car la dégradation a des conséquences directes sur la qualité de l’eau, la protection du littoral et la capacité de la mer à stocker le carbone.
Sur les eaux calmes du Var, les patrouilles de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) surveillent les mouillages et plongent pour vérifier l’état des fonds, tandis que le parc national de Port-Cros apporte son soutien technique.
Contrôles et gestes qui coûtent cher
Lorsque les équipes repèrent un mouillage suspect, elles plongent pour inspecter. Si l’ancre n’a pas endommagé les rhizomes, l’intervention se limite souvent à un rappel à la réglementation : l’interdiction d’atterrir sur les prairies de posidonie est claire.
En revanche, la constatation d’un arrachage expose le responsable à des sanctions lourdes. Selon le code de l’environnement, une infraction peut entraîner jusqu’à 150 000 euros d’amende et trois ans de prison, montant qui peut être doublé en cas de faits commis à l’intérieur d’un parc national.
- Sanctions potentielles : amendes élevées, peine de prison, majoration en parc national.
- Objectifs des contrôles : vérifier l’intégrité des rhizomes, sensibiliser les plaisanciers, dresser des procès-verbaux.
- Outils disponibles : cartographies et applications indiquant zones sableuses et prairies de posidonie pour un mouillage sûr.
Des dégâts parfois visibles sous l’eau
Sur l’un des mouillages, deux plongeurs de la DDTM, accompagnés d’agents du parc, ont filmé des touffes de posidonie arrachées. Un plaisancier italien conteste les faits après que son ancre a soulevé une plaque végétale : l’affaire a été transmise au parquet et pourrait être examinée par le tribunal maritime de Marseille.

« Quand les rhizomes sont abîmés, la recolonisation est très lente », rappelle Pierre Mingeaud, inspecteur et plongeur à la DDTM, insistant sur l’impact durable d’un seul mouillage mal placé.
Pourquoi la posidonie compte
Endémique en Méditerranée, la posidonie remplit plusieurs fonctions écologiques : elle séquestre du carbone, améliore la clarté de l’eau, protège les plages contre l’érosion et sert d’habitat à de nombreuses espèces marines. Sa disparition équivaut à la perte d’une couverture végétale fragile et difficile à reconstituer.

Sur le siècle passé, les herbiers méditerranéens ont perdu environ 10 % de leur surface, un recul contre lequel diverses initiatives nationales et européennes cherchent à lutter, en combinant protection juridique, restauration et solutions techniques comme l’écomouillage.
Territoire et chiffres locaux
La Méditerranée française contient approximativement 80 000 hectares de prairies de posidonie, dont une large part en Corse et une part significative en Provence-Alpes-Côte d’Azur, rappelle Franck Goguy, responsable littoral aux Affaires maritimes du Var.
Les opérations de contrôle sont nombreuses : en 2025, sur 1 500 embarcations inspectées, plus de 1 100 ont suscité des soupçons d’infraction, aboutissant à une centaine de procès-verbaux. Ces chiffres montrent autant l’ampleur du problème que le besoin de pédagogie.
Justice et fragilité de la preuve
Ces dernières années, le tribunal maritime de Marseille a infligé des amendes importantes et, pour la première fois en 2024, reconnu en civil un préjudice écologique lié à l’atteinte à un herbier. Mais cette jurisprudence a été remise en cause en juillet par la cour d’appel d’Aix-en-Provence, qui a pointé le manque de preuves objectives — photos subaquatiques ou constats techniques — établissant un lien direct entre mouillage et destruction.
Ce retournement met en lumière la difficulté de faire tenir juridiquement la protection des herbiers sans constats tangibles sur le terrain.
Entre tourisme et préservation
Sur un littoral très fréquenté, les autorités cherchent un équilibre : protéger un patrimoine naturel fragile tout en préservant l’activité touristique. Thomas Abiven, garde-moniteur du parc de Port-Cros, montre des fragments de plantes arrachées et rappelle que même des amendes modestes pour destruction d’espèce protégée ne réparent pas le temps nécessaire à la régénération des prairies.
Les contrôles remplissent donc une double fonction : sanctionner les comportements destructeurs et informer des solutions simples — mouiller sur sable, utiliser des bouées d’écomouillage, consulter les cartes dédiées — pour réduire les risques.
À court terme, la multiplication des inspections et la diffusion d’outils numériques devraient améliorer la protection des herbiers. Mais les décisions de justice récentes montrent que la préservation dépend aussi de la qualité des constats et d’une acceptation collective des règles par les usagers de la mer.
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