Face à la montée des sinistres liés au climat et à la pression sur les finances publiques, l’ONG Reclaim Finance demande que les grands acteurs de l’assurance participent davantage au financement des indemnisations. Cette exigence intervient après une année 2025 marquée par des résultats financiers exceptionnels pour plusieurs groupes, alors que la Caisse centrale de réassurance voit ses marges se réduire.
Une caisse publique sous tension
La Caisse centrale de réassurance (CCR) joue le rôle d’amortisseur public lorsque l’État reconnaît un état de catastrophe naturelle : au‑delà d’un seuil, elle prend le relais pour indemniser les victimes. Mais, selon Reclaim Finance, ses réserves ont fondu au point d’affaiblir sa capacité d’intervention.
Pour reconstituer en partie ses moyens, la taxe prélevée par les assureurs sur les contrats d’habitation au profit de la CCR a été relevée au 1er janvier 2025, passant d’environ 12 % à 20 % du tarif. Ce relèvement vise à compenser l’érosion des fonds disponibles, mais soulève des questions sur la répartition du coût entre assurés, État et secteur privé.
Chiffres clés
- CCR : réserves réduites de moitié en une décennie (selon l’ONG).
- Surprime CCR : relevée de 12 % à 20 % depuis le 1er janvier 2025.
- Bénéfices des grands groupes (estimation de Reclaim Finance) : près de 162 milliards d’euros de résultat net cumulés entre 2016 et 2024.
- 2025 : AXA ~9,8 milliards d’euros de bénéfice net; Allianz ~10,8 milliards. Generali doit publier ses comptes annuels sous peu.
- Tempêtes récentes : Nils et Pedro ont généré des dégâts évalués à environ 1,2 milliard d’euros, rappelle France Assureurs et la CCR.
Ces chiffres sont au cœur du débat : qui doit porter l’essentiel du coût du renforcement de la solidarité face aux catastrophes naturelles ?
Les demandes de Reclaim Finance
Reclaim Finance appelle les pouvoirs publics à imposer une contribution supplémentaire des gros assureurs afin d’alléger la charge pesant sur les ménages et les collectivités. L’ONG invoque un principe de justice sociale : alors que les sinistrés voient parfois leurs primes augmenter ou se heurter à des difficultés d’assurance, certains groupes afficheraient une rentabilité soutenue.
Pour Reclaim Finance, il s’agit aussi d’anticiper la pérennité du système assurantiel face à l’aggravation du risque climatique : une participation plus conséquente des acteurs privés permettrait de sécuriser les fonds publics et de limiter le transfert de charges vers les budgets locaux et les assurés.
La réponse du secteur
La fédération France Assureurs réagit en rappelant que les comparaisons entre le coût des catastrophes naturelles et la rentabilité des groupes sont parfois trompeuses, en raison de périmètres d’activités très divers et de consolidations internationales. Elle souligne également l’existence d’exigences réglementaires strictes imposant aux compagnies de maintenir des fonds propres importants pour faire face aux événements majeurs.
Autrement dit, selon le secteur, la solidité du marché repose sur des réserves prudentiellement constituées et non uniquement sur les bénéfices annuels publiés.
Ce que cela implique pour les assurés et les pouvoirs publics
Le débat peut influencer plusieurs pistes d’action : renforcement des prélèvements sectoriels, modification du partage des risques entre assureurs et réassureur public, ou encore dispositifs d’aide ciblés pour les ménages les plus exposés. Chaque option soulève des arbitrages politiques et économiques, au moment où les finances publiques sont déjà sollicitées.
Reste la question politique : faut‑il généraliser une contribution plus forte des assureurs ou privilégier des mécanismes plus ciblés ? La réponse déterminera qui, entre l’État, les collectivités, les contribuables et les compagnies, supportera la prochaine grande vague de sinistres climatiques.
Selon l’AFP.
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