Sur le plateau de Quelle Époque! ce samedi 26 septembre, Éric-Emmanuel Schmitt a détaillé les raisons qui ont conduit les jurés à retirer le roman de Thélyson Orélien de la liste des prétendants au prix. Au‑delà d’un livre contesté, l’affaire pose aujourd’hui la question de la place de l’intelligence artificielle dans la création littéraire et de la façon dont les institutions protègent l’intégrité des prix.
Invité par Léa Salamé, le romancier et académicien a raconté comment la décision a été prise après de longues discussions : la décision a été tranchée tard mercredi, selon son récit, lorsque plusieurs membres ont estimé que des éléments trouvaient les jurés en manque de confiance. Ce retrait concernait aussi la sélection destinée au Goncourt des lycéens, où, a‑t‑il ajouté, le roman aurait eu de fortes chances d’être choisi par les jeunes lecteurs.
Pourquoi le livre a été retiré
Schmitt a expliqué que la décision ne résultait pas d’un consensus immédiat, mais d’un constat : des passages pointés comme problématiques ont érodé la confiance du collège. Plutôt que de laisser courir un risque d’enquête ultérieure qui pourrait entacher le parcours des lycéens et la crédibilité du prix, l’Académie a préféré s’en retirer.

Il a aussi souligné un argument plus large sur le règlement des récompenses : selon lui, couronner un premier roman peut parfois nuire à un auteur plutôt que l’aider, une position qu’il voit comme un garde‑fou institutionnel.
Origine des soupçons et réactions
Les premières alertes sont apparues dès l’été auprès de certains membres du jury, qui avaient évoqué un caractère « artificiel » du texte sans nommer l’usage de logiciels. Le sujet a pris de l’ampleur le 21 septembre, lorsqu’un compte anonyme sur X, baptisé « Balance ton Claude », a affirmé que le roman, passé dans le logiciel Pangram, semblait avoir été en grande partie produit par une IA.

Depuis, la contestation s’est organisée : Samuel Fitoussi a reconnu sa participation à ce collectif d’enquête, tandis que le romancier visé, Thélyson Orélien, nie ces allégations et déplore la campagne de messages à caractère raciste qui a suivi les accusations.
- 21 septembre : apparition des premières accusations publiques via X.
- 25 septembre : Samuel Fitoussi confirme son implication dans l’initiative collective.
- 26 septembre : sur France 2, Éric-Emmanuel Schmitt explique le retrait du roman de la sélection.
Sur le plateau, le journaliste Hugo Clément a rappelé que plusieurs jurés, dont des personnalités comme Pierre Assouline et Christine Angot, avaient émis des réserves avant la polémique publique. Les échanges montrent la difficulté à distinguer, aujourd’hui, une écriture humaine d’un texte aidé ou généré par des outils automatisés.
Ce que cela change
Au‑delà du cas particulier, l’affaire met en lumière plusieurs enjeux concrets :
- La fiabilité des outils de détection et la façon dont les résultats sont interprétés par des non‑experts.
- La protection des jurys et des lauréats face à des enquêtes publiques menées sur les réseaux sociaux.
- Le risque d’une judiciarisation des polémiques littéraires et d’une atteinte à la réputation des auteurs en l’absence de preuves incontestables.
| Date | Fait | Acteurs |
|---|---|---|
| Été | Premières remarques sur le caractère « artificiel » du roman | Certains jurés (Assouline, Angot) |
| 21 sept. | Publication anonyme affirmant l’usage d’un logiciel (Pangram) | Compte « Balance ton Claude » |
| 25 sept. | Reconnaissance d’une implication collective | Samuel Fitoussi |
| 26 sept. | Retrait du roman de la sélection annoncé publiquement | Éric-Emmanuel Schmitt / Académie Goncourt |
Plusieurs voix appellent désormais à clarifier les procédures : comment vérifier l’originalité d’un texte ? À quel moment une alerte publique justifie‑t‑elle l’exclusion d’un titre ? Les réponses influenceront non seulement le fonctionnement des prix littéraires, mais aussi la manière dont les établissements scolaires abordent la littérature contemporaine.
Pour l’instant, l’auteur nie les accusations tandis que l’enquête informelle et la controverse médiatique se poursuivent. L’affaire illustre combien la montée des outils numériques oblige le monde littéraire à repenser ses critères de confiance et à formaliser des règles de vérification adaptées au XXIe siècle.
Articles similaires
- Ventes de c’était ça ou mourir de Thélyson Orélien explosent malgré la polémique
- Netflix: À l’est d’Éden avec Florence Pugh saluée par la critique
- Plainte pour inceste après le roman dark romance Corps à cœur : la justice saisie
- Grasset secoué: Boualem Sansal se dit perplexe après le départ d’auteurs
- Le rouge et le noir réinventé: Victor Belmondo et Camille Razat modernisent le classique










