Au salon PRODURABLE 2026, Pascal Canfin — député européen et coordinateur de Renew Europe — a mis en lumière un paradoxe actuel : face aux tensions géopolitiques et à la course à la réindustrialisation, la transition écologique n’est pas un luxe, mais une condition de résilience économique. Son message : décarboner l’industrie est autant une réponse aux risques actuels qu’un levier de compétitivité pour l’Europe.
Climat et stratégie industrielle : pas d’arbitrage
La question n’est plus de choisir entre produire et réduire les émissions, argue Canfin. L’Europe se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale et les scénarios climatiques imposent des choix immédiats. Réduire nos émissions reste la première politique d’adaptation — et elle est directement liée à la continuité des activités économiques.

Cela implique de repenser l’énergie des usines. L’électrification des procédés est présentée comme une double opportunité : atténuer l’impact climatique et réduire la dépendance aux carburants fossiles importés. Pour Canfin, l’expérience chinoise est un signal : Pékin a fait monter la part de l’électricité dans sa consommation finale de 10 % à plus de 30 % en vingt ans, alors que l’Europe stagne autour de 20 % depuis un quart de siècle.
Guerres, prix de l’énergie, enjeux de souveraineté
Les récents conflits internationaux ont mis en évidence la vulnérabilité liée aux importations d’énergies fossiles. Selon l’élu, accélérer l’électrification permettrait non seulement d’améliorer la sécurité énergétique, mais aussi de dégager des économies substantielles pour l’économie européenne.
| Indicateur | Chiffres cités |
|---|---|
| Part de l’électricité dans la consommation finale (Chine) | ≈ 10 % → >30 % en 20 ans |
| Part de l’électricité en Europe | ≈ 20 % depuis ~25 ans |
| Économies potentielles de l’électrification (estimation Commission) | Jusqu’à 260 milliards € par an |
| Investissements nets des grandes entreprises (2000 → 2024) | 18,9 % → 7,4 % de la marge brute |
Transformer la contrainte en avantage compétitif
Pour les industriels, le prix de l’énergie reste le facteur décisif de compétitivité. Là encore, la transition offre des réponses : moins de consommation grâce à l’efficacité énergétique, des coûts d’électricité souvent plus stables — et parfois fixés sur le long terme — là où les prix des énergies fossiles sont volatils.

Mais ce n’est pas automatique. Il faut investir dans les réseaux, le stockage, et les systèmes de gestion pour tirer parti des renouvelables et des batteries. À défaut, la valeur créée par ces technologies restera sous-exploitée.
Innovation, investissement et règles du jeu international
Le recul relatif de la productivité européenne, souligne Canfin, tient davantage à l’absence de révolutions technologiques comparables à celles initiées aux États-Unis (internet, IA) qu’à la seule transition verte. Les entreprises européennes ont augmenté les retours aux actionnaires, parfois au détriment des investissements productifs.
Sur la scène internationale, la concurrence n’est pas neutre : l’OCDE indique que les soutiens publics aux entreprises chinoises, rapportés au chiffre d’affaires, sont bien supérieurs à ceux offerts en Europe. D’où la nécessité de règles et d’instruments pour préserver une concurrence loyale.
- Protection commerciale : un outil de sauvegarde contre les surcapacités est jugé nécessaire.
- Préférence européenne : favoriser la commande publique locale pour soutenir l’industrie implantée en Europe.
- Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) : extension en cours de négociation à plus de 400 produits pour limiter le dumping climatique.
Ces dispositifs visent à assurer que les entreprises qui misent sur la décarbonation ne soient pas pénalisées par des concurrents bénéficiant d’aides massives ou pratiquant des externalités environnementales.
Pour Pascal Canfin, la ligne directrice est claire : la transition écologique doit être pensée comme une politique de souveraineté et de puissance industrielle, pas comme une simple contrainte réglementaire. Électrification, investissements ciblés, modernisation des réseaux et protections commerciales sont, selon lui, les leviers à combiner pour concilier objectifs climatiques et compétitivité.
Articles similaires
- PME mal préparées à la transition écologique: dirigeants réclament plus de soutien
- Électrification industrielle : coûts et infrastructures insuffisantes bloquent la transition
- Ursula von der Leyen : Nous sommes en sécurité pour l’hiver
- Des prédictions de mauvais augure : L’Europe devra payer un prix élevé pour le gaz pendant de nombreuses années.
- EDF débloque 240 M€: qui gagne sur pompes à chaleur, camions et centres de données?










