La seconde main textile continue de gagner du terrain en France : entre 2024 et 2025, les volumes revendus ont progressé d’environ 5%, d’après le dernier bilan de Refashion. Cette dynamique modifie les parcours d’achat et de revente, avec des conséquences pour les prix, l’emploi dans le secteur solidaire et les flux d’exportation.
Chiffres clés : un marché qui confirme sa croissance
En 2025, près de 65 400 tonnes de vêtements, linge de maison et chaussures d’occasion ont été vendues sur le territoire français, soit l’équivalent de 7,2% de la consommation textile nationale. Ces volumes traduisent une adoption croissante des pratiques circulaires, tout en révélant des disparités entre circuits de distribution.

La revente entre particuliers et les plateformes assurent une large part du marché, mais d’autres canaux — associations, friperies et rayons seconde main des enseignes — progressent à des rythmes différents, influençant l’offre disponible en boutique et en ligne.
Qui vend quoi ? Répartition par circuit
| Circuit | Part des ventes | Prix moyen constaté (€) | Évolution 2024–2025 |
|---|---|---|---|
| Commerce entre particuliers (plateformes) | 42% | ~9,40 | +4% |
| Acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) | 41% | ~3,40 | +2% |
| Friperies, corners et rayons seconde main (magasins) | 18% | ~16,70 | +15% |
Plateformes en pole position, friperies commerciales en forte hausse
La part du marché détenue par les échanges entre particuliers reste majoritaire, et la plateforme lituanienne Vinted concentre à elle seule une part significative des volumes français, soit un peu plus d’un quart du total. Mais c’est le segment des friperies commerciales et des corners en magasin qui enregistre la progression la plus marquée (+15%), signe d’un intérêt croissant pour des offres structurées et payantes en magasin.

Les organisations de l’ESS (Emmaüs, Secours Catholique, Croix‑Rouge, Le Relais…) maintiennent une présence importante, notamment pour les articles à bas prix et pour les filières d’insertion qu’elles soutiennent.
Prix et accessibilité : des écarts nets selon les canaux
Le rapport note que le prix moyen d’un vêtement d’occasion se situe globalement au niveau d’un produit neuf d’entrée de gamme, mais des différences marquées existent selon le circuit.
- Friperies et corners de marques : prix moyens les plus élevés.
- Plateformes de particulier à particulier : tarifs intermédiaires.
- Structures de l’ESS : offres les moins chères, souvent liées à des missions sociales.
Flux internationaux : des volumes exportés en hausse mais moins rémunérateurs
Parallèlement à la consommation intérieure, la France a exporté environ 172 000 tonnes de textiles et chaussures d’occasion en 2025, une hausse de 3,6% par rapport à l’année précédente. Toutefois, la valeur moyenne reçue par tonne a diminué de 8,2%, à 471 €.
Ces flux partent principalement vers l’Afrique (36%), l’Europe (30%) et l’Asie (22%). Du côté des importations, la France a reçu 13 100 tonnes d’habits d’occasion, en hausse depuis 2024, avec le Royaume‑Uni comme principal fournisseur (environ 40%), alimentant notamment les friperies commerciales.
Que signifie cette évolution pour les consommateurs et la filière ?
Pour les consommateurs, l’offre s’élargit : tout dépend désormais du canal choisi entre prix, qualité et traçabilité. Pour les acteurs locaux et les associations, la montée des friperies payantes crée de nouvelles opportunités commerciales, mais pose aussi la question de la concurrence avec les structures solidaires.
Enfin, la baisse des prix à l’export illustre une pression sur la valeur de la seconde main à l’échelle internationale, ce qui pourrait inciter la filière française à mieux valoriser les produits en amont (tri, reconditionnement) afin d’améliorer les revenus et la durabilité des filières.
Source : Refashion (rapport 2025), données compilées avec l’AFP.
Articles similaires
- Collecte de vêtements en tension : l’État injecte des moyens pour éviter l’effondrement
- Surconsommation mode : la seconde main suffit-elle face à la fast fashion ?
- MDMA et ecstasy en nette progression en France: ce que vous devez savoir
- Gibert sollicite une procédure de redressement: le marché du livre d’occasion au cœur du plan
- Refashion mis en cause par l’État pour la mauvaise gestion des déchets textiles










