Vendredi, le gouvernement a fait le point sur la nouvelle mouture du plan Ecophyto, qui vise désormais une réduction des pesticides à l’horizon 2030. Les chiffres officiels présentés par l’exécutif montrent une forte baisse selon un indicateur retenu par Paris, mais des organisations environnementales y voient une évaluation trompeuse et demandent une remise à plat méthodologique — une discussion qui a des conséquences concrètes pour la santé, l’agriculture et les marchés.
Des chiffres applaudis… et nuancés
Le ministère de l'Agriculture a annoncé le 9 septembre un recul de 47 % de l’indicateur retenu, le HRI1, en prenant pour référence la période 2011-2013. Présents au point d’étape, des ministres, des représentants d’ONG, des agriculteurs, des industriels et des chercheurs ont échangé sur ces résultats.

Les fabricants de produits phytosanitaires, regroupés au sein de Phyteis, ont salué ces chiffres. Mais la France, avec ce calcul, reste en dessous de la moyenne européenne qui affiche une réduction plus marquée (environ 59 % selon Eurostat).
Deux méthodes, deux interprétations
La controverse porte sur le choix de l’indicateur. D’un côté, le HRI1 pondère les volumes vendus par des coefficients censés refléter la dangerosité des substances. De l’autre, l’indicateur dit Nodu (nombre de doses unités) ramène les ventes à des doses de référence à l’hectare.
Des ONG — parmi lesquelles Générations Futures, WWF France, la Fondation pour la Nature et l’Homme et France Nature Environnement — ont publié un communiqué commun : selon le Nodu, la consommation de pesticides en France serait en hausse de 13 % en 2024 par rapport à 2009. Elles estiment que la méthode HRI1 masque une augmentation réelle des pratiques d’épandage.
| Indicateur | Méthode | Résultat avancé | Limite pointée |
|---|---|---|---|
| HRI1 | Pondération des volumes par facteurs de risque | -47 % (référence 2011‑2013) | Ne tient pas compte des doses appliquées à l’hectare |
| Nodu | Nombre de doses unités par hectare | +13 % (2024 vs 2009) | Moins axé sur la toxicité relative des substances |
Les divergences méthodologiques ne sont pas neutres : elles orientent les priorités politiques, les aides et les contrôles. Selon Générations Futures, la pondération des substances doit être scientifiquement révisée et enrichie d’une prise en compte des doses d’application.
- Pour les citoyens : la mesure de l’exposition réelle aux pesticides conditionne les politiques de santé publique.
- Pour les agriculteurs : les indicateurs influencent les pratiques encouragées et le soutien technique/financier.
- Pour les exportations et la réglementation : des méthodes divergentes compliquent la comparaison avec les partenaires européens.
Du côté du gouvernement, le ministère indique que des travaux sont en cours au niveau européen pour améliorer le HRI1. Les discussions portent notamment sur la révision des coefficients et sur l’introduction possible d’éléments liés aux doses appliquées.
La refonte d’Ecophyto, lancée en mai 2024 avec l’horizon 2030, relance donc un débat technique mais déterminant : mesurer pour mieux réduire, ou ajuster la mesure pour faire apparaître un progrès ? Les réponses à cette question orienteront les prochaines étapes de la politique phytosanitaire française.
Avec AFP
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