La dégradation des sols sort du cadre des seules régions désertiques : le phénomène gagne en ampleur et touche désormais des parties de l’Europe, y compris la France, au moment où la 17e conférence de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’ouvre ce lundi 17 août en Mongolie. Pourquoi cela compte-t-il ? Parce que la détérioration des terres compromet directement la production alimentaire, la biodiversité et la résistance aux sécheresses.
Qu’est‑ce que la désertification, réellement ?
La CNULCD définit la désertification comme la dégradation des terres dans les zones arides, semi‑arides et subhumides sèches, un processus alimenté à la fois par des facteurs climatiques et des activités humaines. Il ne s’agit donc pas d’un « désert » qui avance comme un front, mais d’une perte progressive des capacités du sol.
Concrètement, une parcelle touchée voit sa fertilité diminuer, son couvert végétal s’amenuiser et sa matière organique baisser. L’eau s’infiltre moins bien, l’érosion augmente : un enchaînement qui affaiblit encore davantage la végétation.
Pourquoi la situation s’aggrave
Plusieurs facteurs se conjuguent. Le réchauffement climatique intensifie les phénomènes de sécheresse dans les zones déjà fragiles. En parallèle, certaines pratiques humaines — intensification agricole, artificialisation des sols, expansion urbaine, extraction minière — accélèrent la perte de qualité des terres.

Une fois lancée, la dégradation peut produire un cercle vicieux : moins de végétation → plus d’érosion → moins d’eau retenue → baisse de productivité. Ce mécanisme rend la restauration plus coûteuse et plus longue.
Une menace européenne et française
Le bassin méditerranéen est particulièrement exposé, en raison d’étés prolongés, chauds et secs. Des études européennes ont estimé qu’environ un quart des surfaces du sud et de l’est du continent présentent un risque élevé de désertification.
La France a officiellement été inscrite en 2024 parmi les pays « affectés » par la dégradation des terres selon la CNULCD. Le Comité scientifique français de la désertification (CSFD) a identifié près de 974 000 hectares en métropole présentant un climat aride à subhumide sec en 2022, majoritairement autour du pourtour méditerranéen.
Le niveau réel de territoires classés comme « désertifiés » dépend des indicateurs retenus : les estimations nationales varient entre 0,1 % et 1,4 % du territoire métropolitain. Mais sur la période 1993‑2022, près de 39 % du territoire français a évolué vers un climat plus sec, condition favorable à l’extension du phénomène.
Conséquences pour les citoyens et les territoires
- Sécurité alimentaire : baisse de productivité et de la fertilité des terres agricoles.
- Risque hydrique : sols qui retiennent moins l’eau et exposent davantage aux épisodes de ruissellement.
- Biodiversité : perte d’habitats végétaux et animales locale.
- Climat : diminution du stockage de carbone dans les sols, freinant les efforts d’atténuation.

Que peut‑on faire ?
La désertification n’est pas inéluctable. Des mesures concrètes réduisent les risques et favorisent la résilience des paysages.
Parmi les leviers cités par les experts et intégrés aux débats de la COP17 figurent la restauration des terres, une gestion plus durable de l’eau et l’adaptation des pratiques agricoles. Protéger ou rétablir un couvert végétal, limiter l’érosion, maintenir la matière organique du sol et améliorer l’infiltration sont des actions qui payent sur le long terme.
Au-delà des politiques publiques, la coordination entre gestion locale des sols, soutien aux agriculteurs et investissements dans la recherche reste cruciale : il s’agit de rendre les territoires moins vulnérables face à des conditions climatiques qui se dessèchent.
À l’heure où la CNULCD réunit les parties prenantes, l’enjeu est double : freiner la progression des terres dégradées et promouvoir des solutions qui préservent la production, la biodiversité et la capacité des sols à stocker du carbone.
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