Début juin à Arles, le World Living Soils Forum a rassemblé scientifiques, financiers, ONG, industriels et agriculteurs pour tirer la sonnette d’alarme sur l’état des terres arables : en France, près de 17 % des sols présentent un niveau de dégradation élevé et 2 % sont désormais jugés critiques. Ce constat a servi de moteur aux débats sur la manière de préserver la productivité, la biodiversité et la résilience face au changement climatique.
Un enjeu qui dépasse la ferme
La santé des sols n’est plus cantonnée aux problématiques agricoles : elle irrigue les questions de sécurité alimentaire, de qualité de l’eau, de stockage du carbone et de préservation des écosystèmes. Dans ce contexte, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’aligner acteurs publics et privés pour construire des solutions durables.
Pour plusieurs intervenants, la logique est claire : sans coordination entre producteurs, industriels, financeurs et chercheurs, les initiatives locales restent fragiles et difficiles à déployer à grande échelle.
Des agriculteurs au cœur du débat
Nestlé, partenaire du forum, avait invité des exploitants engagés dans son programme Sols Vivants, développé avec la Fondation Earthworm. Le dispositif accompagne aujourd’hui plus de 450 producteurs vers des pratiques d’agriculture régénératrice, et ces agriculteurs ont joué un rôle actif dans les échanges.
À Arles, plusieurs producteurs ont souligné que l’intérêt principal du forum tenait moins aux conférences théoriques qu’à la confrontation d’expériences : échanges concrets sur les méthodes culturales, retours sur investissements et pistes pour intégrer la biodiversité dans les itinéraires techniques.
Comme le notaient certains participants, assister à ce type de rassemblement permet de « prendre le pouls » de la filière, depuis les conseillers agronomiques jusqu’aux acteurs industriels qui achètent les récoltes.
Financer la transition : un enjeu central
Un fil rouge est revenu régulièrement : la transformation des pratiques exige des investissements et suppose d’accepter des risques nouveaux pour les exploitations. Sans mécanismes de financement adaptés, la transition risque de rester l’apanage de quelques volontaires.
Plusieurs intervenants ont plaidé pour une répartition plus équitable des risques financiers, impliquant entreprises, bailleurs et collectivités. La Fondation Earthworm a été citée comme force de coordination, capable de relier acteurs techniques et financiers pour co-construire des solutions.
- Constat : 17 % des sols fortement dégradés en France, 2 % en situation critique.
- Objectif : préserver la fertilité et la biodiversité tout en garantissant des revenus viables aux producteurs.
- Moyens : accompagnement technique, dispositifs financiers, partage des risques et reconnaissance des services écosystémiques.
- Acteurs clés : agriculteurs, filières agro-industrielles, ONG, institutionnels et financeurs.
Préparer la relève
Au-delà des outils et des financements, le forum a mis en lumière un défi parfois sous-estimé : le renouvellement des générations. Les intervenants ont rappelé que le départ massif de producteurs dans les prochaines années menace la capacité de la filière à assurer l’approvisionnement et à maintenir des pratiques durables.
Attirer et retenir de nouveaux profils passe par la revalorisation du métier et par l’offre de perspectives économiques stables ; une équation délicate qui nécessite des politiques publiques et des modèles d’affaire repensés.
En somme, le World Living Soils Forum a confirmé que régénérer les sols est un chantier transversal : il exige des changements techniques chez les agriculteurs mais aussi des engagements financiers et politiques, ainsi qu’une coordination renforcée entre tous les maillons de la chaîne de valeur.
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