Raya Martigny franchit une nouvelle étape: après des saisons sur les podiums, la mannequin réunionnaise tient un rôle principal dans le premier film d’Avril Besson, sorti ce mercredi 29 juillet. Cette présence à l’écran précède la sortie très attendue de Garance, où elle partage l’affiche avec Adèle Exarchopoulos, et confirme une trajectoire qui s’accélère.
La comédienne incarne Marina, une barmaid du Sud de la France au caractère franc et à la fragilité retenue, dans la comédie douce-amère Les matins merveilleux. Le film, repéré au dernier Festival de Cannes — où Raya a siégé au jury de la Queer Palm — mise sur la chaleur des personnages plutôt que sur les clichés.
Avril Besson n’a pas écrit le rôle pour Martigny à la machine : elle a façonné le personnage en s’inspirant de témoignages et d’échanges. Raya explique que le réalisme du texte vient de cette écoute, qui a notamment nourri des scènes sur la posture politique et les petites vexations du quotidien. L’une d’elles met en lumière un conflit discret : un homme demande à Marina de ne pas participer à une manifestation, supposant que sa présence nuirait à l’image du collectif — sujet qui provoque la colère de son amie Charlie, campée par India Hair.
Raya souligne son attachement à l’autonomie : elle refuse qu’on parle à sa place et tient à décider de ses propres expériences. « C’est moi qui choisis le récit de ma vie », dit-elle en évoquant la complexité des bonnes intentions mal placées et les conséquences qu’elles peuvent avoir.
- Les matins merveilleux — sortie en salles : 29 juillet ; rôle principal : Marina.
- Garance (Jeanne Herry) — sortie prévue en septembre ; partage d’affiche avec Adèle Exarchopoulos.
- Festival de Cannes — participation comme membre du jury de la Queer Palm.
- Passé dans la mode — collaborations avec des maisons comme Jean Paul Gaultier et Mugler.
Sur la représentation des personnes trans au cinéma français, Raya se montre lucide : si certains films abordent la souffrance et la marginalisation, ces thèmes ne doivent pas rester exclusifs. Elle appelle à une palette plus large d’histoires — des vies quotidiennes, des rôles où la transidentité n’est pas l’unique ressort dramatique.
« On peut raconter autre chose », affirme-t-elle, souhaitant que les futures fictions montrent des trajectoires variées : des femmes trans en tant que sœurs, mères, héroïnes indépendantes, parties intégrantes d’histoires humaines ordinaires. Selon elle, ces nuances ouvrent des possibilités narratives encore peu explorées par le cinéma français.
Martigny reconnaît aussi le chemin parcouru dans la mode. Après des débuts difficiles, elle a imposé sa voix et s’est forgé une position visible. Aujourd’hui, elle décrit son engagement derrière l’écran comme une continuité de ce travail : « Ouvrir des portes pour la suivante », dit-elle, sans rechercher la liberté au détriment de la finesse.
Ses premiers pas dans le cinéma la placent dans une posture nouvelle : entre promotion et interviews, elle ressent parfois l’effet de la curiosité médiatique — des questions mal adaptées, parfois insistantes. Mais elle y voit un coût acceptable si cela permet, à terme, de banaliser la présence des personnes trans dans des rôles importants.
Concrètement, Raya souhaite incarner des personnages dont la vie « ressemble » à la nôtre : des femmes complètes, multi-dimensionnelles, qui aiment, échouent, réussissent et prennent des responsabilités familiales et sociales. Ce sont ces options-là, estime-t-elle, qui feront reculer les stéréotypes.
En attendant de nouvelles apparitions, son parcours marque un tournant : de la Réunion aux podiums internationaux, puis au grand écran, Martigny transforme une visibilité personnelle en une opportunité collective, en espérant que l’industrie accepte désormais de varier les récits autour de la transidentité.
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